Avant de rencontrer les jeux vidéo, le cinéma, la littérature, j’ai grandi avec trois héros de dessin animé : Le Capitaine Flam, Albator et Goldorak. Je n’étais qu’un enfant, je n’avais pas de goûts cultivés et élégiaques, mais j’avais trois héros, trois univers qui me faisaient rêver et qui, avant toutes les autres couches sédimentaires culturelles qui allaient plus tard façonner mon goût, m’ont donné le goût d’une certaine forme de Science Fiction. Avec le temps je suis devenu un homme fidèle, et je ne parle pas ici de fidélité amoureuse - ce blog n’est pas le lieu de dissertation idéal sur mon sens de la fidélité amoureuse ne vous en déplaise - mais d’une forme fidélité culturelle, fidélité nostalgique, fidélité archaïque. Alors nécessairement quand j’ai appris qu’Albator allait connaître une sortie cinéma, je savais que j’irai voir le film parce que après avoir bercé mon enfance, je voulais être fidèle à Albator. Bon, c’est vrai qu’Albator n’est pas une personne réelle, je ne peux pas lui être fidèle, en vérité la personne à qui je veux témoigner de la fidélité c’est moi, le moi de mon enfance. Mais n’allez pas penser que fidélité = fanboy et perte d’objectivité ; quoique sur l’objectivité, je peux admettre qu’elle en prendra peut-être un petit coup, mais ma fidélité n’est pas aveugle, c’est ce que je voulais dire. C’est donc gonflé de ce background que je suis allé voir Albator, Corsaire de l’espace au cinéma.

 

De la fidélité …

Ironie du sort, quand on va voir au cinéma une adaptation d’un livre, d’un jeu, ou d’un dessin animé il est toujours question de fidélité ; fidélité de l’œuvre produite vis-à-vis de l’œuvre originale. Mais est-ce à l’aube de cela qu’il faut juger la plus récente des deux œuvres ? De l’œuvre originale - je parle donc de la série - on retrouve l’espace, c’est con à dire, mais c’est important à dire, l’espace c’est une chose importante quand on est corsaire de l’espace ! Et en parlant de corsaire, on retrouve quelques personnages emblématiques de la série originelle ; bien sûr, le capitaine Albator avec sa cape et son épée et sa balafre, le personnage de Kei qui a pris du galon - comprendre qu’elle a pris des seins et des fesses et qu’elle prend une douche toute nue en semi-apesanteur dans le film - toujours amoureuse de son capitaine, il y a Miimé l’extraterrestre énigmatique avec son verre de porto et Yattaran bien que son cas est un peu particulier parce que par rapport au personnage initial il a plutôt changé, le petit gros solitaire amateur de maquette et devenu un gros bourrin amateur de combat - mais cela lui colle plutôt bien à mon goût -. On retrouve aussi le personnage le plus important et imposant de la série Albator, je parle du vaisseau d’Albator : l’Arcadia. Et l’Arcadia il poutre ! Autant visuellement qu’en terme d’efficacité au combat spatial ; le vaisseau est là, bien là, sûrement le plus fidèle de tous.

Je ne vous ai pas menti, on trouve Kei nue dans sa douche et Yattaran en gros boeuf façon FPS
Je ne vous ai pas menti, on trouve Kei nue dans sa douche et Yattaran en gros boeuf façon FPS

Je ne vous ai pas menti, on trouve Kei nue dans sa douche et Yattaran en gros boeuf façon FPS

À l’infidélité …

Mais Albator ce n’était pas que cela, c’était une ambiance, un univers romantique, sombre, flirtant souvent avec le gothique, c’était taiseux, mystérieux, on peut dire qu’il y avait une forme d’éthique, une façon d’instaurer un rapport au monde et à l’autorité qui fascinait le petit garçon timide que j’étais. Et pour le coup, on ne peut pas dire que le film de 2013 est d’une grande fidélité à l’esprit originel. Bien sûr, on retrouve une part de la dimension gothique d’Albator, mais cela s’arrête à l’esthétique de certains plans et à la présence de l’Arcadia qui occupe l’écran comme une cathédrale en plein XIV ème siècle. Le film est bavard, il parle, se raconte, il pose l’univers, il détruit l’univers, il pose certains personnages, il en élude d’autres, mais il lui faut parler et forcément il brode autour de la trame du film, son scénario. Et si le film doit avoir un défaut, un gros défaut : c’est son scénario. D’une part, il rompt avec la série originelle, ce qui n’aurait pas été bien grave s’il avait été cohérent et réussi. Mais ce scénario part à vau-l’eau, il invente des méchants, il invente une histoire, et il brode sa trame principale à base de politique, d’écologie et de métaphysique avec de petites histoires humaines bancales, frôlant avec l’incohérence à force d’ellipses et /ou de paresse. C’est d’autant plus dommageable que le spectateur nostalgique de la série de son enfance essaie de faire coller ce qu’il sait à ce qu’il voit et rien ne colle. Le point d’orgue de cette bouillie scénaristique étant la fin. Je n’ai d’ailleurs toujours pas compris la fin de ce film.

 

Les qualités d’un amant infidèle

Heureusement qu’un film peut survivre à son propre scénario, comme pour les jeux vidéo qui peuvent se sauver d’un naufrage avec un bon gameplay, un film comme celui-ci peut se sauver de son naufrage avec une bonne mise en scène et une belle photographie. Bon d’accord le terme photographie n’a pas sa place puisque Albator, Corsaire de l’espace est un film d’animation en image de synthèses réalistes. Quoi qu’il en soit ; visuellement ce film est une claque. Le film est fougueux et je l’ai même trouvé généreux dans ce qu’il sait être ses qualités. D’abord, c’est beau, parfois simplement beau mais parfois, osons le mot, c’est sublime. Il y a le modelage des personnages qui est remarquable, la présence de l’Arcadia à l’écran est frappante, l’architecture da ville de Gaïa est une petite merveille, mais ce qui m’a le plus frappé dans ce film c’est la gestion des éclairages et des jeux de lumières. Le réalisme des éclairages est saisissant, pas dans leurs calculs parce que les ordinateurs font cela très bien, mais dans le choix des teintes lumineuses, ce sont de petits détails qui donnent aux images de synthèse une patine unique que j’ai trouvée très belle. La mise en scène offre, elle aussi, des morceaux de bravoure. Il y a quelques scènes vraiment bluffantes qui tirent pleinement parti de cet univers entièrement numérique, notamment pendant les combats spatiaux. Ces scènes-là reposent sur le charisme de l’Arcadia, le vaisseau arrive toujours nimbé d’un nuage de matière noire - avec un effet visuel que j’aime beaucoup - et une fois qu’il est entré dans le champ de bataille l’Arcadia ne mégote pas, ses assauts sont violents, froids, durs, désespérés et radicaux, on n’est pas en présence d’un capitaine qui ménage sa monture, Albator n’hésite pas à défoncer les vaisseaux adverses en les éperonnant avec la tête de mort qu’arbore fièrement l’Arcadia à sa proue.

Il se trouve que dans l’univers du film les vaisseaux spatiaux, que ce soit l’Arcadia ou les vaisseaux ennemis peuvent se téléporter presque à volonté, ce qui offre au réalisateur les moyens de donner lieu à certains combats de space opéra assez singuliers à base de leurre et d’esquive que j’ai trouvé assez intéressant. Dans l’espace c’est bien, mais les escarmouches de pirates pas mal non plus ; on peut juste regretter qu’il n’y en a pas plus et que le capitaine Albator n’y prenne pas part plus souvent avec son épée pistolé laser ; enfin tout ça pour dire que c’est dans l’action que ce film trouve son échappatoire. Et finalement ces scènes parfois virtuoses, souvent généreuses et toujours rythmée aident à faire passer le goût d’inachevé du scénario bancale.

L'Arcadia comme la ville de où siège Gaïa sont deux des plus belles réussites esthétiques de ce film
L'Arcadia comme la ville de où siège Gaïa sont deux des plus belles réussites esthétiques de ce film

L'Arcadia comme la ville de où siège Gaïa sont deux des plus belles réussites esthétiques de ce film

Les trésors pop culturels du corsaire de l’espace

C’est une habitude chez moi, j’aime chercher les ponts entre les jeux vidéo et les autres sphères culturelles et quand je regarde un film j’ai chercher les ponts entre le film que je regarde et les jeux vidéo ; plus ces ponts sont nombreux et plus je me dis que le jeu vidéo en tant que matériau culturel est entrain de grandir. Dans Albator, Corsaire de l’espace - au passage je ne comprends toujours pas pourquoi ils ont amputé ce film de Le, pour moi Albator est LE corsaire de l’espace, pas un corsaire de l’espace - il y a quelques ponts avec le jeu vidéo qui sont flagrants. Notamment, les armures de combat de l’équipage de l’Arcadia qui semblent directement sorties de Biochock. On se demande ce que vient faire cette référence dans le monde d’Albator mais après tout pourquoi pas. Un peu plus tiré par les cheveux je trouve que la Kei 2013 avec sa poitrine opulente et ses fesses généreuses moulées dans une armure de combat sur laquelle tombent en cascade ses cheveux blonds quand elle retire son casque me fait étrangement penser à une certaine Samus Aran … Au-delà de ces clins d’œil amusés et amusant le lien le plus fort que je ferai entre ce film et un jeu vidéo, c’est avec Asur’as Warth. Au départ, ce qui m’a frappé c’est la similitude des mises en scène des combats spatiaux, notamment dans le rapport de force entre un héros seul qui va mettre en déroute une armée gigantesque ou une arme gigantesque #spoile - à un moment donné on va tirer sur Albator avec une planète transformé en arme -, il y a quelque chose d’assez spécifique à cette mise en scène, quelque chose de désespéré et de jubilatoire, un héros aux pouvoirs importants qui est pourtant écrasé physiquement par le rapport d’échelle par l’espace et la façon dont son ennemi à la capacité à saturer cet espace ; je crois que Asura et Albator partagent le même espace cosmique. Ce rapport de un contre tous, c’était une interprétation du romantisme et du héros seul contre l’univers. Ensuite j’ai réalisé que la ressemblance entre le jeu et le film se retrouve aussi dans les deux héros, Asura comme Albator, qui sont deux personnages maudits, immortels, dont la rédemption passe par une opposition farouche à une autorité cosmique injuste. L’aspect de la Terre à la fin du film ressemble beaucoup à Gaea après le retour de Vlitra dans Asura’s Warth d’ailleurs le nom Gaea est proche de Gaïa nom de l’organisation avec laquelle Albator est en conflit, enfin là je vais peut-être chercher un peu loin.

Je doute que les ressemblances avec des personnages de jeux vidéo connus - Big Daddy et Samus Aran - soient fortuites
Je doute que les ressemblances avec des personnages de jeux vidéo connus - Big Daddy et Samus Aran - soient fortuites

Je doute que les ressemblances avec des personnages de jeux vidéo connus - Big Daddy et Samus Aran - soient fortuites

Alors, heureuse ?

Au final que retenir de ce film ? Personnellement, je suis sorti de la projection avec le sourire aux lèvres et la sensation d’avoir passé un bon moment. Bien sûr le scénario est bizarre, bancale, lacunaire et se fini par une sorte de WTF qui n’a rien à envier à un Scooby doo. Mais c’est bien peu de chose dans la balance du plaisir que j’ai eu à retrouver Albator, son équipage et son vaisseau spatial dans des combats épiques. La mise en scène est belle, les images sont superbes, alors d’accord ce n’est pas le film de l’année, ni de l’année passée ni de l’année à venir mais ce n’est pas un mauvais film. On peut trouver que l’adaption est infidèle, qu’Albator en tant que série perd de sa superbe, de son charme vénéneux et mystérieux, d’accord on peut, mais on peut aussi prendre du plaisir, trouver jubilatoire ces combats spatiaux et profiter de la joliesse des images. Finalement, on trouvera à Albator les qualités ou les défauts que l’on veut en fonction de ce que l’on est venu chercher.

Et ça c’est une putain de conclusion à la con non ?

Quoi qu'il en soit l'essentiel est sauvé : Albator reste classe quoi qu'il advienne
Quoi qu'il en soit l'essentiel est sauvé : Albator reste classe quoi qu'il advienne

Quoi qu'il en soit l'essentiel est sauvé : Albator reste classe quoi qu'il advienne

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