Y'a un lézard dans le potage ; pas de chance il est nucléaire le lézard et là tu vois, ton potage est un cinéma, bref il y a Godzilla dans le cinéma et je suis allé le voir. D'un pied alerte qui résonne comme les sirènes de l'alerte rouge ; attention radioactivité.

Je suis comme vous, moi aussi j'ai souffert devant le Godzilla de Roland Emmerich, moi aussi j'ai ri devant l'antique Godzilla sorti des eaux noires et blanches des arcanes du cinéma d'avant, d'avant la fin de la guerre froide bien sûr. Et ce n'est pas rien de le dire, ce n'est pas anodin. Le Godzilla de Roland Emmerich était un Godzilla d'après la guerre froide et même d'après les essais nucléaires de Mururoa, bref c'était un Godzilla orphelin de la peur primale qui était dans le sous-texte de l'original, normal qu'il ai été mauvais.

Mais là, ce Godzilla-là c'est un Godzilla d'après le 11 septembre, d'après Fukushima, d'après le tsunami de 2004 ; et là c'est clair, ça change tout. Ce Godzilla-là - oui j'aime cette allitération - est naît sur les cendres de peurs encore actives, radioactives, ça change tout je vous dis ...

Pourtant, au départ, ce n'est pas gagné, l'aura du lézard géant oscille entre grotesque et kitsch révolu, et malgré une vague de critique plutôt élogieuse et un succès commercial plutôt détonnant à sa sortie US j'avais comme un doute. Un doute qui est balayé par le générique, mais qui se confirme dès que le film commence c'est-à-dire après son générique.

Le générique d'ouverture de Godzilla convoque une imagerie d'image d'archives et il construit dès les premières secondes une mythologie du réel autour du gros lézard. On ne va pas se mettre à douter et à croire à la véracité du récit, mais ce genre de générique ancre le film dans une forme de réalité. J'aime ce jeu de dupes entre le film et le spectateur ; cela me rappelle Transformer 3 la face cachée de la lune, il me semble que c’est cet épisode qui joue aussi sur ce registre en incluant de vraies fausses archives pour donner au film une matière pour l'ancrer au réel.

Godzilla 2014 ; le retour d'un punk archaïque

On commence au Philipine en 1999 ( une date post-Godzilla de Emmreich, est-ce un hasard ?), une exploitation minière, une grotte et une scène qui n'est pas sans rappeler l'ambiance Alien. La scène suivante, nous sommes au Japon, une ville-dortoir autour d'une centrale nucléaire avec Bryan Cranston - papa Malcom et Breaking Bad - en ingénieur dans la centrale. Il donne un petit côté looser à la scène qui convoque nécessairement les errements de Fukushima dans l'esprit des spectateurs. Dans la séquence suivante, nous sommes projetés quinze ans plus tard à San Francisco. La séquence d'après on se retrouve au encore au Japon cette fois dans un univers postapocalyptique qui pourrait rappeler Je suis une légende.

Je ne vais pas découper tout le film, c'est simplement pour dire qu'au départ le spectateur est un peu perdu, frustré surtout parce que l'on ne sait pas où le film va poser ses valises. Ni comment. On cherche à identifier le héros, on attend le monstre, on se demande, on se questionne. Et puis on arrête les conneries, en tout cas cela a été mon cas, quand on comprend que le film est comme une série. Je ne dis pas que le film est le pilote d'une saga à suivre, non, l'intérieur du film est monté comme une série où chaque séquence serait un épisode à part entière. Cela explique cette impression de rupture permanente d'une scène à l'autre ; jour / nuit / Japon / Hawaii / pluie / soleil / vie / mort / passé / présent / etc. Entre les séquences, il y a une petite ellipse, narrative, spatiale, temporelle, toute petite, minuscule mais toujours perceptible qui nous indique que l'on change de scène, de temporalité, de lieu, de genre, d'épisode.

Par cette construction le film semble convoquer par touches successives plusieurs genres - cinématographie ; film de guerre, d'aventure, de monstre, d'action, etc. - mais aussi de peurs au pluriel ; il y a la fameuse menace nucléaire mère de tous les Godzillas mais par certains plans le film rappelle la catastrophe de Fukushima et celle des tsunamis et même à mon sens il rappelle avec ses avions qui tombent l'ombre du 11 septembre. En ravivant ses peurs réelles, contemporaines et donc toujours active dans nos esprits le film alimente son monstre un élan vigoureux. On fait corps avec ce Godzilla, que l'on soit volontaire ou pas, nous sommes emporté par les forces qui le convoque à la surface des océans / à la surface de notre conscience.

C'est subtil, c'est même nuancé, mais ça m'a semblé très clair, et de ce fait ça donne au film un rythme particulier ; La trame, le film, l'action se construit par accrétion, d'épisodes en épisodes, donc de scène en scène, comme si elles étaient discontinues. Mais ce que je dis est confus, c'est sûr, c'est vrai, mais c'est parce que c'est avant tout un ressenti de spectateur. Pourtant, ça donne une dynamique au film. Comme dans une série ça implique un désir de spectateur d'aller voir au delà.

Et puis c'est surtout que l'on attend le monstre ; on a payé pour Godzilla en 3D et c'est ce que l'on veut. C'est ce que l'on cherche. Semble-t-il les héros aussi ... C'est curieux, presque con, mais dans le film presque jamais personne ne semble surpris de voir des monstres gigantesques jaillir de l'océan ou des airs et détruire les villes. Comme si tous les gens dans le film étaient comme nous, comme s'ils espéraient voir le monstre, tant pis si c'est pour pulvériser leurs villes.

Bref, le film ne semble jamais tout à fait poser ses valises, mais le film est pris, porté et transporté par une énergie radicale, et je ne parle pas de nucléaire. Non, ce Godzilla est un vrai film d'action. Non, plus précisément c'est un film d'acte. Un film qui avance sans cesse parce que les personnages agissent. Peu ou pas de parlote inutile, peu ou pas de pathos et de mélo sirupeux. Même pas ou presque pas de surprise devant l'incongruité de la situation. Juste des actes. Et franchement c'est très frais, très bon, très dynamique et ça conduit le film vers son sommet d'action à toute allure.

Godzilla 2014 ; le retour d'un punk archaïque

D'ailleurs c'est assez remarquable, à chaque plan d'ensemble sur une ville dévastée, un décor où les voitures sont embouteillées, il y a du mouvement et pas que du mouvement, de l'action ; souvent les films du genre offrent dans la scène post-catastrophe des scènes de foules hébétées ou bien des scène de liesse passive vaguement transcendantale mais là il n'en est rien, les gens agissent ! Un plan large pour dévoiler le nid de l'immonde monstre ? Il y a au fond un commando qui avance ; un plan large pour montrer les routes engorgées par les voitures qui bouchonnent ? Il y a des petits malins qui roulent dans les champs et les bas-côtés pour avancer. Une ville vient d'être attaquée la nuit, fondu au noir et ouverture sur les médecins et infirmiers qui soignent, de l'action, des actes, toujours agir. De ce fait les discours militaires - entre militaire - , dramatique - entre le héros et sa famille - sont réduits au minimum et ça fait du bien. C'est un peu comme cela que j'aurai aimé tourner un film d'action.

Le scénario se construit sur des actes, des faits. Les héros comprennent toujours très vite où il faut aller, ce qu'il faut faire, comment le faire. On ne tergiverse pas, et avouez que dans un divertissement d'action grand public c'est une putain de qualité !

D'ailleurs c'est assez remarquable, parce que si cela peut laisser penser que le scénario est mince, sous-entendu trop mince, c'est aussi l'idée que le scénario est mené, conduit et construit par les monstres. Les monstres parce que ce Godzilla est dans la veine de Godzilla contre Mothra sauf que si Mothra est un gros papillon mutan MUTO l'ennemi de ce Godzilla est plus proche de l'alien aillé dans un design épuré presque biomécanique qui s'oppose visuellement très bien à l'aspect de saurien archaïque venu du fond des temps et du fond des fosses abyssales où le darwinisme n'a plus cours. Donc oui, ce sont les monstres qui décident, où, quand, comment, et l'homme qui suit.

Le plan ou les navires et les sous-marins suivent ou escorte Godzilla sont symptomatiques de cela.

Godzilla 2014 ; le retour d'un punk archaïque
Godzilla 2014 ; le retour d'un punk archaïque

Quand on a accepté l'aspect un peu décousu du début du film et que l'on a accepté sur le principe une narration quelque peu hiératique qui par de micro ellipses construit un film où l'action gronde, grimpe mais ne donne pas tout de suite la pleine mesure de sa démesure alors on est prêts pour connaître le vrai Godzilla.

Le monstre.

Le lézard antique.

L'ultime kaijus.

Le patron.

Le boss.

L'incarnation de plus d'un demi-siècle de peur.

Godzilla.

Ça monte, ça monte, ça monte, le film nous donne en pâture et en appétif les MUTO mais ils ne peuvent à eux seuls combler nos appétits reptiliens de voir surgir le grand, l'immense saurien nucléaire.

Le film, judicieusement l'esquisse, dans la nuit, dans la fumée et la poussière des décombres. Une ombre, une gigantesque ombre, un dos, une gueule, il est là sans l'être, il est là sans nous.

Et enfin accrochées au fil de nos espérances, Godzilla surgit définitivement à l'écran. Un superbe Godzilla, parfait, monumental et parfaitement organique. On sent le saurien en lui, on voit le caillement, l'alligator, le dinosaure, on sent tout cela en lui et la puissance millénaire qui jaillit à l'écran.

On y est, on est enfin dedans, dans l'action.

On surprend Gareth Edwards à faire dans le plan hommage quand Godzilla sort de la fumée dans un ciel zébré d'éclaire et durant une fraction de seconde, nous sommes en pleine guerre froide, un autre temps. C'est puissant, parfois c'est viscéral, et à aucun moment on ne doute que le réalisateur aime Godzilla, il lui fait un film en or.

Difficile de ne pas penser et comparer ce Godzilla avec le Pacific Rim de Guillermo Del Toro ... Je suis désolé de le dire parce que j'aime beaucoup Guillermo Del Toro, mais son film de monstre géant se fait atomiser par Godzilla. C'est amusant, les MUTO sont dotés d'une attaque électromagnétique qui coupe tous les systèmes électriques et électroniques à la ronde. En voyant cela j'ai eu deux pensées amusées. La première c'est cette forme d'ironie d'avoir mis en scène des monstres qui obligent les héros à ne pas utiliser le numérique et retourner à l'analogique alors que justement ces monstres là n'auraient pas pu naître sans numérique. L'autre pensée qui m'a amusé c'est d'imaginer que cette volonté de créer des monstres capables "d'éteindre" des villes répondait justement à Pacific Rim et son imagerie surlumineuse, surcolorée, suréclairée. Mais je doute que les temps de production soient suffisamment distancés pour que cette pensée puisse être crédible.

Je me suis régalé de l'action, la scène finale, sommet, summum, climax, de l'action simple et brutale. On se bat entre monstres à coup de dents, de griffes, d'ailes. On lutte à l'ancienne, c'est rugueux comme une bagarre de rue sauf que là les monstres détruisent les rues et les immeubles qui tombent en miettes ; les tours de métal et de verre se brisent et s'écroulent dans des nuages de paillettes scintillantes et pendant ce temps les hommes sont obligés de fuir, partir en emportant leur technologie encombrante et obsolète, ils partent comme des voleurs, comme des cons, c'est idiot mais c'est beau.

Vraiment, sans la moindre dose d'ironie j'ai grand aimé ce Godzilla qui semble se foutre de tout, du film, des hommes, de l'humanité. Ce Godzilla est un punk, un antique punk, un punk du fond des âges, misanthrope mastodonte à la puissance incommensurable et à la violence mesurée mais destructrice. Il y a je vous assure une forme de poésie dans ce film. Je le disais, un film d'acte, un film qui pourrait se résumer à Just do it mais pas le slogan de nike, celui des punks - tout autant commerciaux -.

Alors même si le début peut dérouter, même si le plan final est regrettable ce film, ce Godzilla est une excellente surprise, un divertissement pur, puissant, et une envolée dynamique dans un cinéma qui ne s'encombre pas de pathos pour toucher son public en plein cœur, ou en pleine gueule tout dépendra d'où vous aurez mis vos affects.

Allez donc voir Godzilla et dites-moi que je ne me suis pas tromper de tomber amoureux de ce lézard là.

Godzilla 2014 ; le retour d'un punk archaïque

Je n'ai pas été sympa avec le Godzilla de 1998, il y avait de bonnes choses dedant, surtout et principalement ce morceau de la BO !

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