Je ne sais pas quoi penser de Fifa sauce 15. Je ne cherche pas une pensée sur le jeu en tant que lui-même pour la bonne - et simple - raison que je n’y ai pas joué à ce jeu ; pas plus qu’à Fifa 14 et je ne suis même pas certain d’avoir connu Fifa 13 alors que, pourtant, le foot, je l’aime assez pour le regarder à la télé, sauter et crier si l’enjeu me prend et je peux même me surprendre à régler ma vie sur le programme de certains matchs. Mais là où ma pensée échoue à cerner Fifa à la sauce 2015 c’est sur le principe même de jeu à occurrence annuelle. Comme la pluie à l’automne, le froid en hiver et la nuit passée 23 heures une nouvelle mouture de Fifa sort tous les ans.

Plic

Ploc

Plic

Ploc

Tic

Tac

Tic

Tac

Plic

Ploc

Flic

Flac

Fifa

Le Fifa nouveau est arrivé ; comme le bon vin, et la foule se masse pour se demander si ça sera une bonne année, une bonne cuvée peut-être …

Et pourquoi ? À quoi bon ? Quel est l’intérêt d’acheter le vin chaque année et le boire dans les 12 mois qui suivent sans savoir si c’est une bonne année ? C’est un non-sens et j’oppose une fin de non-recevoir à ma métaphore viticole. C’est comme de se demander si le nouveau Fifa est meilleur que l’ancien, meilleur le celui qui précédait l’ancien et meilleur que le prochain. C’est un contresens parce que les gens et accessoirement les joueurs, ces consommateurs bien réglés, n’achètent Fifa pour ses qualités relatives ou intrinsèques. En réalité les joueurs - consommateurs achètent le dernier Fifa comme un adolescent achète un nouveau cartable alors que l’ancien pourrait encore lui faire deux scolarités entière : par soucis de mode et par esprit grégaire.

Qu’est-ce que l’on cherche dans un jeu de foot tel que Fifa ; des effectifs mis à jour et des serveurs pour accéder à une communauté en ligne, pouvoir jouer contre des autrui virtuels et que parfois un autrui ami. Et le reste ? La physique, le moteur, les graphismes, l’intelligence artificielle, les modes de jeux ? On s’en moque comme de notre première paire de chaussettes qui pue. Pour preuve, les jeux Fifa se vendent quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne ; c’est comme si un marchand de vin vendait indifféremment ses bons crus et sa piquette, chaque année, quelle que soit la qualité du vin les joueurs sont là pour vider les bouteilles -j’avais déclaré la mort de cette métaphore viticole mais je ne me suis pas tenu à son décès -.

C’est réglé comme du papier à musique.

Comme les saisons.

Comme les marronniers des chaînes d’info.

Comme les romans d’Amélie Nothomb.

Et les concerts des Enfoirés.

Et les films dérivés Marvel.

Comme à chaque fois public, joueurs, spectateurs, en bon consommateur se rendent boutique pour se procurer le jeu. La semaine dernière, mardi 8 octobre, 10 heures du matin, j’étais dans une boutique Mircomania pour acheter Lego Marvel. Alors que j’attendais à la caisse pour payer mon jeu avec le bon d’achat de la boutique susnommée, j’ai assisté à l’achat - ou la vente selon le point de vue - de quatre Playstation 4 plus Fifa 15 même cela même si l’acheteur devait prendre le pack avec Destiny parce que le pack Fifa était rompu - de toute façon la boutique allait bientôt être en rupture de console -. Les gens achetaient la console pour le jeu. J’étais impressionné. Le jeu est sûrement très bon, ce n’est pas la question. Mais autant d’acheteurs conditionnés à renouveler leur équipement pour jouer à une énième itération de Fifa c’était vertigineux.

Mais alors Fifa c’est quoi ?

Un coup de génie de l’éditeur qui parvient à vendre le même jeu depuis plus de 20 ans aux mêmes joueurs ? Oui, c’est une exagération, le pool de joueur se renouvel progressivement et bien sûr le jeu évolue avec le temps. Mais à l’heure de l’internet, des consoles connectées, ne pourrions nous pas envisager qu’un jeu réputé bon comme Fifa 13 puisse avoir une durée de vie plus longue ? Je parle là de l’obsolescence programmée du jeu dont l’éditeur et le joueur savent que, trois cent soixante-cinq jours plus tard il sera dépassé, revendu, les serveurs désertés et qu’il faudra repayer le même prix pour jouer de nouveau à Fifa, le presque même Fifa, parfois moins bon, mais le Fifa qui se joue.

Est-ce du génie ou du vol ?

Que penserions-nous d’un auteur de littérature à succès qui chaque année ressortirait une version différente de son livre ? Pas une suite, mais une version mise à jour, enrichie, suffisamment différente pour rendre caduque la version précédente obligeant le lecteur à racheter son livre ? Nous penserions que ce que j’écris est idiot, parce que mon parallèle est foireux. Mais la démarche aussi de revendre chaque année le même jeu est foireuse. Mais je ne suis pas là à critiquer Electronic Arts, leur génie, c’est d’avoir réussi à faire adhérer le public à cette logique. Et ils ne sont pas les seuls ; toutes les franchises de jeux à caractère sportif jouent maintenant sur le même registre. On joue, on aime, l’année se termine et on repaie pour rejouer à plus ou moins le même jeu ou alors on accepte de jouer à un jeu seul ce qui pour les jeux de sports est un peu triste. D’autres genres de jeux flirtent avec les mêmes déviances, notamment la fresque Assassin’s Creed qui a su diluer à outrance son univers pour sortir des titres avec la régularité du métronome parfois au détriment de la qualité. On peut suspecter la saga Final Fantasy de suivre parfois la même logique, même si elle ne suit pas la même régularité. Mais aussi Capcom et son Super Ultra Street Fighter IV édition spéciale marronnier de la baston avec DLC puis sa réédition rééquilibrée.

Mais j’ai du mal à concevoir les Fifa d’une même génération comme des jeux différents. Bien sûr, on va me dire l’évolution des défenses, la gestion des collisions, etc. très bien, mais le plaisir que l’on prenait avec des amis sur Fifa 12 est j’en suis convaincu strictement identique à celui que l’on prend sur Fifa 15. Des jeux différents par leurs nuances mais le plaisir identique, l’expérience de joueur identique. Et nous, moi en tout cas, en tant que joueur, je me demande si c’est du vol ou du génie, si c’est cela la modernité ou s’il faut cesser d’accepter de jouer comme cela, payant à vie le même jeu ; si au moins on avait de base un avoir, une réduction client fidèle, ça pourrait s’entendre cette idée, payer pour mettre à jour sa version. Mais là, j’ai l’impression que depuis 20 ans Fifa est Fifa. Une simulation de foot, ça reste une simulation de foot. Mais cela n’empêche pas le succès, le prestige, les joueurs qui adhèrent et adorent. À sa manière Nintendo aussi vend le même Mario Kart depuis le début.

C’est une histoire que je trouve étrange, mais pourquoi pas après tout la civilisation a besoin de rituels et c’est peut-être le rôle de ces jeux iconiques que de revenir régulièrement célébrer une messe, un rites payens et cycliques. Peut-être qu’à travers celle, le jeu vidéo consolide une croyance ou une culture, c’est une forme de clonage comme la fête de Noël qui clone les mêmes habitudes comme on clone les brebis sans réelle créativité. C’est peut-être là, dans ces jeux à récurrence annuelle, que l’on trouve les jalons d’une culture vidéoludique de consommateur de masse. Des jalons et des repères qui sont là pour guider la brebis perdue et le mouton hésitant sur le chemin du jeu vidéo. Parce que le jeu vidéo a besoin de ses grandes messes pour fonder des moments communion ; et peut-être que le jeu, en lui-même, ici Fifa, importe peu, peut-être que l’essentiel c’est la communion et Fifa n’est alors qu’une hostie que le joueur vient prendre pour participer à la communion ; enfin ça reste une hostie à 60 euros quand même.

Et alors Paris Games Week et autre TGS sont des salons de l’agriculture pour unifier les troupeaux, peut-être que NBA2k, Call of Duty, Naruto, Fifa, sont les Noël, Pâques, Saint Valentin et autres armistice d’une culture qui cherche ses repères. Sinon c’est juste une énorme mascarade commerciale et nous sommes tous des cons, trop dociles pour remettre en cause un système qui ponctionne à outrance le joueur et si payer est un acte militant l’on devrait mieux accepter de payer pour les jeux qui osent prendre des risques de créativité et boycotter les jeux qui se plagient eux-mêmes. En même temps le sport est le sport, le joueur un supporter et c’est rare de voir un supporter de Ligue 1 boycotter son championnat sous prétexte qu’il est moins bon ou le même que l’année précédente. Encore, vous savez, j’ai plus espoir de voir un jour les supporters réagir que les joueurs …

Si tu te demandes où va cet article, c’est que tu l’as lu jusqu’à la fin et je t’en remercie. Et pour ta gouverne, je vais où je veux et là j’y vais comme je veux.

Je suis sûr que eux aussi pensent comme moi. En plus personne ne peut me prouver le contraire, ni prouver que je pense d'ailleurs ...

Je suis sûr que eux aussi pensent comme moi. En plus personne ne peut me prouver le contraire, ni prouver que je pense d'ailleurs ...

Retour à l'accueil