Direct to commentaire : La presse jeux vidéo, tous pourris ?

Publié le 21 Novembre 2012

Encore un article de DilaNoKaze qui m’inspire un commentaire qui déborde un peu du cadre du commentaire et qui se retrouve en article sur le blog. Son article porte le doux nom de La presse jeux vidéo, tous pourris ? Le genre de thème parfait pour me faire réagir, surtout que je suis plutôt d’accord avec le constant selon lequel la presse de jeux vidéo se meurt et aussi sur le fait que la presse internet, l’offre d’information d’internet est elle aussi problématique ; liens éditeurs, agences de com et sites de jeux vidéo trop obscure et voix des blogs trop lisse, formatée et calibrée. Bon je vous laisse avec mon commentaire et n’hésitez pas à me laisser avec les vôtres.

 

Sans vouloir vexer DilanNoKaze dire que la presse de jeux vidéo se meurt c'est enfoncer une porte ouverte ; preuve que je suis d'accord avec ce constat. Elle meurt, elle agonise et le pire dans tout cela c'est qu'une fois passé la petite nostalgie de ceux qui ont grandis et donc qui ont "appris" le jeu vidéo avec cette presse il faut bien avouer que cette presse là ne nous manquera pas. Par "cette presse là" j’entends les magazines dont DilanNoKaze dis que le nerf de la guerre est le test et la chronique. A mon sens ce modèle là est mort, dépassé, éculé, fini, dead, obsolète, absurde, incohérent et irrécupérable que ce soit le modèle économique ou le modèle de pensée.

 

Par contre - et je ferais sûrement plaisir à Icare Mag en disant cela vu que c'est son cheval de bataille - il ne faut pas enterrer trop vite les magazines plus ou moins indépendants et cette presse post Console + comme Icare comme Pix'n Love comme les Cahiers du jeu vidéo comme cette presse qui a choisi d'approcher le jeu vidéo non plus comme une actualité mais comme un matériau culturel à explorer, éclairer, façonner, etc. - je ne mets pas dans ce panier IG mag qui malgré la qualité de certains interviews pour moi repose encore trop sur le vieux modèle -. Cette presse qui justement ne repose plus sur le modèle économique et rédactionnel du magazine classique a à mon sens trouvé un le bon angle pour apporter à ces lecteurs ce que ni la presse d'avant ni internet apportent c'est dire une véritable démarche de réflexion.

 

Libéré de la dictature de l'actualité ces publications peuvent prendre les temps de traiter le jeu vidéo avec une profondeur nouvelle et souvent par des biais nouveaux ; Icare la culture et la créativité, Pix'n Love une dimension historique/archivistique, les Cahiers du jeu vidéo une approche socioculturelle etc. Bien sûr je ne suis pas entrain de dire que toutes les tentatives sont des réussites ; j'ai été le premier à critiquer le premier numéro d'Icare, des ouvrages comme l'autopsie du Survival horror - et malheureusement d'autres - pêchent par leur médiocrité rédactionnelle, mais tous ces titres qui forment la galaxie de ce que je vais appeler à tord une presse 2.0 ont tous le mérite d'exister et de proposer une alternative tant au vieux modèle type Joypad qu'à ce que peut trouver le lecteur/client sur le net. Malgré ses allures de livre et sa distribution via les librairies et plus la presse n'oublions pas que les Mook restent des magazines et qu'ils sont donc à ce titre la relève. Donc oui la presse de jeux vidéo se meurt mais de cadavre fumant des projets émergent faisant perdurer le principe de pouvoir lire un magazine de jeu vidéo au toilette ou au petit déj avant d'aller en cours - les deux moments où j'ai le plus lu mes Player One, Console + et cie et je suis sûr que je ne suis pas le seul ;) -.

 

pix-n-love-edition.jpg

 

Finalement l'émergence de ces projets rédactionnels différent de ce que le jeu vidéo pouvait offrir permet selon moi de mettre en évidence les limites de ce que peut offrir internet en terme de contenu. Comme le fait bien remarquer DilanNoKaze il y a problème avec les sites généralistes qui doivent jongler entre un modèle économique basé sur la gratuité, avec une démarche journalistique et avec la diplomatie marketing que cela suppose dans la relation avec les éditeurs. Donc les sites je jeux vidéo souffrent globalement d’un apparent manque de liberté et d’indépendance. Mais comme je le disais dans un commentaire sur Merlanfrit je trouve que cette forme de copinage entre journalistes et éditeurs n'est pas un si grand problème ou du moins que ce n'est pas le seul problème.

 

Que tel ou tel journaliste ou site soit proche de tel éditeur et donc indulgent avec lui ne me poserai pas trop de soucis si les liens étaient clairs et assumés. C'est comme en politique ; les médias politiques font de plus en plus appel à des éditorialistes dont on sait s’ils sont « sympathisant » de gauche ou de droite ; bien sûr que cela oriente leurs analyses mais du moment où les médias permettent une pluralité des voix et des avis ça me va. J’aime penser que les médias m’apportent des éléments mais que c’est moi qui par la suite construis mon avis. Ce que je veux dire c'est que le problème n'est pas tant le parti prit des sites de jeux vidéo mais le fait qu’ils ne l’assument pas ; c’est aussi la trop faible diversité des voix exprimées qui réduits la pluralité points de vus. Que Gameblog décide d'être les bisounours du jeu vidéo, que Gamkult décide d'être les ayatollahs du jeu vidéo, que JV.com ne décide rien parce qu'il est plus important d'être leader que d'avoir une ligne éditorial ce n'est pas un problème en soit si le lecteur sait qui est qui et qui fait quoi.

 

L'idée d'une sacrosainte objectivité qui donnerait lieu à lire partout les mêmes articles et cette perspective me ferait chier. Donc oui le modèle des sites gratuits est bancale et obscure, bien sûr qu'il incite ces sites à pousser au clic, qu'il induit du racolage et qu’il oblige les journalistes au copinage et c’est pour moi un vrai problème que ces sites n'assument pas leur partis prit - bien que les Ménestrels de Gameblog commencent à le faire, d'ailleurs ce coming out est bien là leur seul point positif -.

 

Là où je rejoins à 200 % DilaNoKaze c’est sur la médiocrité de la production des blogs. Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet entre la médiocrité des sites généralistes soumis à la dictature du clic et donc de la news à tout prix et la faiblesse éditoriale des blogs mais j’ai bien envie de le penser parce que oui. Finalement les blogueurs font à leur échelle ce qu’on reproche aux grands sites - grands par le trafic généré je veux dire - ils s’acoquinent avec les éditeurs pour avoir leur jeux gratuitement et ils rentrent dans la spirale de : un arrivage, un test rapide et complaisant pour avoir un nouveau jeu et donc pondre un nouveau test et donc avoir un nouveau jeu et donc pondre un nouveau test etc.

 

Je ne pense pas que tous ces blogueurs soient malhonnête, je suis même sûr que certains pensent bien faire mais c’est inévitable l’enfer est pavé de bonnes intentions et une vraie qualité éditoriale nécessite un vrai investissement. Recevoir des jeux et y jouer par « nécessité » pour écrire un test empiète sur l’investissement éditorial. Surtout que les blogueurs semblent souvent jouer à beaucoup jeux et pas toujours des bons et pas toujours choisis donc même avec la meilleure volonté du monde ça ne m’étonne pas que ça donne des tests bâclés.

 

D’ailleurs il faudra un jour m’expliquer quel est l’intérêt pour les éditeurs à faire perdurer cette pratique ; est-ce vraiment important pour un éditeur que des dizaines de blogueurs parlent de leur jeu en des termes génériques sur des blogs qui n’ont pas toujours une audience folle ? Est-ce que ça a un vrai impacte sur le marketing ? Je n’apporte peut être pas grand-chose avec ces remarques mais ça fait du bien de taper sur ceux qui à mon sens galvaude le concept de blogueur.

 

Oui je reste perplexe sur le manque d’implication, de passion, de créativité, d’esprit critique, d’originalité et d’audace des blogueurs. Heureusement ce n’est pas le cas de tous et il reste des personnes dont j’aime lire les blogs parce qu’ils essaient des choses. Au fond comme pour la « nouvelle presse » j’admire les gens qui essaient de changer les choses ou de proposer des approches différentes. Vu la quantité de travail que demande un blog, l’investissement que nécessite de jouer à un jeu assez longtemps pour avoir quelque chose à dire à son sujet et si possible quelque chose d’intéressant, drôle, impertinent, pertinent, judicieux, malin, éclairé, sérieux, profond, poétique, l’investissement en temps, en temps de cerveau, en temps libre, en temps de passion qu’il faut pour rédiger plus ou moins proprement une idée je me dis que c’est con de voir ces blogueurs faire tout cela pour écrire de la merde sur des jeux de merde ; à moins qu’ils ne s’investissent pas tant que cela du coup j’en reviens au plaisir de taper sur ceux qui galvaudent.

 

Alors tous pourris ? Je ne sais pas, je ne pense pas, je ne veux pas y croire mais il est sûr qu’il y a un problème voir plusieurs. Quand Usul dit que la presse vidéo ludique est consanguine il n’a pas tord au sens où les acteurs des sites majeurs de jeux vidéo en France proviennent pour beaucoup de cette presse moribonde qui si elle a connu des heures de gloires n’a pas su passer le cap de la maturité. Alors au fond étaient-ils ces gens là légitimes pour s’emparer d’internet ? Ce que je veux dire c’est que je suis convaincu qu’internet est média dont on sous exploite encore le potentiel parce qu’on se cantonne à reproduire avec lui ce qu’on faisait déjà avant dans la presse papier. D’une certaine façon les sites de jeux vidéo aujourd’hui sont les enfants consanguins des acteurs d’une presse agonisante, pas étant que les bébés soient imparfaits. Il faudra peut être qu’une nouvelle génération de créateurs de contenu émerge, une génération sans lien avec la défunte presse papier pour que naissent une véritable production de sens autour du jeu vidéo dans un style, sur un modèle, avec des outils de pensées et de réflexion qui soient en parfaite adéquation avec le potentiel du net. En tout cas j’ai envie d’y croire.

 

Encore merci à DilanNoKaze pour son article qui m’a bien inspiré et encore une fois pardon pour avoir squatté son article et pour avoir publié mon commentaire du premier coup sans relecture et donc avec ses fautes, ses tournures de phrases affreuses, ses lourdeurs et ses imperfections

Direct to commentaire : La presse jeux vidéo, tous pourris ?

Rédigé par Mémoire de joueur

Publié dans #Direct to commentaire

Repost 0
Commenter cet article

LudoLVG 22/11/2012 16:20


Salut,


 


j'ai lu avec attention ton article.


Je voudrais plus précisement revenir sur la fin (malheureuse...) de la presse Jeux Videoludique.


Je dénonçais déjà cela il y a un an sur mon blog sur l'article suivant : http://levengeur.wordpress.com/2011/12/06/la-fin-de-la-presse-jeux-videos/


 


Comme la presse d'une manière générale, la presse Jeux Video est en train de mourrir. Cela est dû au fait de plusieurs causes concomittantes :


- Explosion d'internet et de ce fait, des sites de jeux vide, qui sont eux gratuit et plus réactif que le support papier


- apparition des blogs qui via les réseaux sociaux sont de plus en plus populaires


- Manque du goût de la lecture pour les plus jeunes, ce qui ne renouvelle pas le lectorat. Les jeunes savent de moins en moins lire et c'est bien triste...


- Prix élevé ds magazines de Jeux Video surtout pour du contenu déjà connu par les lecteurs.


- Manque de renouvellement des magazines et lassitude du lectorat.


 


Ceci étant dit, j'espère que certains magazines continueront d'exister car rien ne remplace pour moi le support papier (oui je suis vieux jeu LOL).


Je pense que des magazines comme IG Mag et Jeux Video Magazine peuvent continuer à exister.


- IG Mag (seul magazine auquel je me suis abonné) propose des articles de fond sur le jeux video. Les sujets sont pérennes dans le temps et n'ont pas une date limite de validité (comme les News
ou les tests par exemple). Le format du magazine ou plutôt "mook" est bien pensé et encourage à la collection et au stockage. Le premier frein est le prix mais en sachant qu'il sort tous les deux
mois et au vu du contenu, je pense qu'il a le meilleur rapport qualité/prix. Le deuxième frein est qu'il n'est pas adapté forcément à un jeune public mais plutôt aux Gamers ayant connu plusieurs
générations de console.


- Jeux Video Magazine, s'il ne coule pas, pourrait rester le dernier magazine de JV faisant des tests et traitant des news à un prix somme toute modique (même si leurs derniers hors série sont à
un prix abusés, je les ai d'ailleurs boycotté !!!). Il reste un support papier pour les lecteurs n'aimant ou n'ayant pas internet. Son pluralisme fait qu'il atteind toutes les personnes jouant
aux Jeux Video en France.


 


Après, je crois aussi, comme tu l'as indiqué, aux bouquins de Pix'n'Love même si pour moi, nous sommes plus dans le livre (j'en veux pour preuve qu'on ne les trouve pas en maison de la presse).


Pour Icare Mag, le problème est qu'il est trop pointu. Du coup, je pense que les lecteurs ne vont acheter que les numéros qui les intéressent. C'est ce que j'ai fait en achetant seulement le
numéro sur Deus Ex. Ensuite, la souscription peut être une solution pour l'avenir de ce "magazine".


 


Pour conclure, en tant que lecteur chevronné, j'espère sincérement ne pas connaître la fin de la presse Jeux Videoludique et la fin du support papier...Mais il est vrai que la diversité de
l'offre doit encore baisser car en ces temps de crise, cela représente pour nous consommateurs un budget trop important...


 


Voilà mon avis et je suis dispo pour en débattre ;-).


 


PS : Par contre, je ne suis pas d'accord avec tes propos sur IG Mag mais chacun son avis ;-)


 

Lanfeust 21/11/2012 18:50


Chouette article, très intéressant !


J'avoue que ce qui m'exaspère au plus haut point, ce sont effectivement ces blogs "génériques" qui sont toujours complaisants avec les éditeurs pour lesquels ils reçoivent des jeux. Mais
j'aimerai ajouter un point: je me demande si c'est pas aussi lié à l'industrie qui cherche à controler un maximum tout ça, et y arrive.


Exemple perso : je suis rédacteur occasionnel JV et musique.


En musique, on fait du "libre" et on reçoit de tout (petit groupe, gros groupe, gens inconnus ou immenses stars). Du coup, on raconte ce qu'on veut, on dit de temps en temps que c'est de la
maYrde (tant qu'on justifie notre position, b-sûr), et les attachés de presse râlent mais laissent courir.


Dans le JV, j'écris, mon rédacteur en chef repasse et peaufine carrément. De même, seul lui fait des vidéos, et il remercie systématiquement les éditeurs, et ne dit jamais d'un jeu qu'il est
mauvais ou ne souligne pas trop ses points négatifs. Pourtant, je m'y connais sacrément mieux en JV qu'en musique, alors quoi ?


 


Pour moi, c'est tout simplement parce que l'industrie du JV essaye de contrôler un maximum son marché, et y arrive pour le moment très bien. La preuve ? Les DLC, les Fifa/CoD annuel, les pass
online, etc etc. Tout le monde s'en plaind, mais j'ai encore pas vu une seule fois une firme faire marche arrière sur ces points.


C'est pas tant qu'ils soient pourris, les chroniqueurs, plutôt que tenus en laisse je dirais...

Muad Dib 21/11/2012 14:39


Je partage completement ton avis sur le côté générique des tests faits par les blogueurs...D'un autre côté, et pour m'être prêté quelque fois à l'exercice, je trouve très difficile de faire autre
chose, d'apporter un regard neuf sur des jeux au sujet desquel tout ou presque a déjà été dit. Enfin non..je veux dire qu'un commentaire quel que soit sa pertinence n'épuise pas le sujet dont il
est issu...mais comment apporter un angle d'attaque nouveau, pertinent etc?


Et ce problème est le même quel que soit le média considéré. Lorsque je fais (rarement) une critique de livre, je suis souvent très mécontent du résultat (surtout quand je lis des critiques
d'autres bloggeurs plus inspirés). Pour autant j'ai un mal fou à faire mieux...


Bref je ne sais pas si mon commentaire apporte quelque chose mais pour résumer je suis à la fois d'accord avec toi, mais je ne vois pas, à mon niveau, comment changer!