Direct to commentaire : Les jeux vidéo et la drogue

Publié le 3 Octobre 2012

Il y a quelques semaines aquab0n écrivait sur son blog un coup de gueule dans lequel il s'insurge contre les discours qui diabolisent le jeu vidéo et font de lui un objet nocif potentiellement addictif dans le mauvais sens du terme : les jeux vidéo et la drogue. Je suis tombé sur cet article avec un peu de retard mais ça ne m'a pas empêché d'être inspiré par le sujet. Bien sûr je suis d'accord sur le fait que les discours généralistes sont souvent maladroits, alarmistes, parfois faux et généralement non-constructifs. Mais si ces médias généralistes se trompent il ne faudrait que nous autre joueur nous en faisions autant en fermant les yeux sur certaines facettes du jeu vidéo ; nous ne sommes pas exempte de défauts et encore moins de névroses. Ceci étant dis je vous laisse avec mon commentaire qui finalement est assez personnel.

 

Est-ce que le jeu vidéo pousse au crime ? Au meurtre ? Au terrorisme ? À la barbarie ? Je pense que tous les gamers sont d'accord pour dire que non et sur le coup je me range derrière l'avis des joueurs. Comme le rock'n'roll ou le véritable jeu de rôle avant lui le jeu vidéo est une parfaite victime expiatoire sur lequel la société peu focaliser toutes les peurs d'une doxa dépassée par la barbarie, dépassée par l'époque qui change et dépassée par les jeux vidéo. Et c'est bien connu ce que l'on connait mal ou peut on en a facilement peur. Alors on oui on entend toutes sortes de connerie aux sujets de jeux vidéo qui plus est souvent par la bouche de personnes qui ne connaissent que très peu et surtout très mal. Personnellement avec une forme de fatalisme résigné je me dis que tant qu'un autre phénomène culturel ne prendra pas la place des jeux vidéo on est voué à voir les médias lancer régulièrement de nouvelles saillies bilieuses contre les jeux vidéo et pendant ce temps nous autres gamer nous devons, devrions, continuer de parler des jeux vidéo avec le plus de passion possible, le plus de bienveillance aussi et si possible le plus de diversité pour petit à petit occuper le paysage et parviendrons-nous peut être à normaliser la place du jeu vidéo dans la société qui se trouvera alors un autre bouc émissaire.

 

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Par contre même si les discours alarmistes qui font passer les jeux vidéo pour la pire de toutes les calamités de notre société se trompent il n'en reste pas moins que l'addiction est un véritable risque. Bien sûr sur un joueur en pleine possession de ses moyens avec une vie équilibrée sur le plan social, affectif et professionnel, un joueur qui connait dans d'autres passions une forme d’épanouissement, il n'y a pas vraiment de risque tu as raison ; nous sommes gamer mais nous ne sommes ni drogué ni dangereux mais l’épanouissement et l’équilibre sont des choses fragiles. Sur les autres joueurs plus jeunes, moins épanouis dans leur vie, les joueurs plus déprimés, plus dépressifs, les joueurs dé-sociabilisés, les joueurs qui prennent de plein fouet la dureté de la crise, du monde ou de leur vie et qui cherchent dans les jeux vidéo un exutoire plus qu'un divertissement, les joueurs qui trouvent dans les jeux vidéo une alternative au réel, les joueurs fragiles, fragilisés, pour tous ces autres joueurs qui nous ressemblent, qui peuvent nous ressembler, à qui on a pu ressembler alors je pense que oui il y a un risque d’addiction. Bien sûr la probabilité que l’addiction à un jeu vidéo nous transforme en tueur, un psychopathe ou en footballeur de haut niveau est quasi nulle mais le risque de perdre pied d’avec la réalité est une possibilité à ne pas balayer du revers d’une certitude.

 

Moi-même je n’ai jamais autant joué que pendant les moments de déprime, il y a des jeux d’ailleurs qui sont maintenant lié à certaines périodes de déprime par Final Fantasy VIII que j’ai bouclé en une semaine parce que j’étais seul pour le 31 décembre ou des jeux que j’ai fais après une rupture amoureuse pour ne plus penser à rien d’autre quand tu joue plus que de raison, que tu oubli de manger, de dormir, d’aller en cours juste pour jouer, se dissoudre dans un jeu, s’y perdre, s’y abandonné. Je ne dis pas que l’on risque tous cela, je ne dis pas que l’on ne peut pas en sortir, mais je dis que c’est un risque, une possibilité qui me semble en plus décuplé avec l’illusion du jeu online, un jeu sans fin, un jeu dans lequel on est seul sans être seul, un jeu qui donne l’illusion du réel. Nous pouvons et nous devons comme tu le fais pousser des coups de gueule quand la société éructe des idées fausses sur le jeu vidéo mais nous ne devons pas nous plus nous montrer trop naïf et fermer les yeux sur les risques potentiel du jeu vidéo.

 

Je suis convaincu que jouer aux jeux vidéo à un impacte sur nous, je ne dis pas qu’ils font de nous des tueurs ou des monstres mais on ne peut pas croire qu’ils ne nous changent pas, qu’ils n’influent pas sur nous que sur notre représentation du monde, sur notre rapport au réel, au virtuel, sur notre imaginaire, notre aptitudes à interagir avec interfaces plus ou moins complexes bref comme toute passion à laquelle on consacre du temps il est naturel que l’on soit influé par elle et à partir du moment où l’on accepte cette idée on accepte l’idée que l’influence de cette passion vidéo ludique puisse être parfois excessive ou négative. Donc même si je comprends et que je plussois ton coup de gueule je dis quand même ayons mesure gardée ;)

Rédigé par Mémoire de joueur

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Margoth 04/10/2012 12:28


Honnêtement, est-ce que jouer plus quand on est déprimé est un problème en soi ? Les moeurs dictatrices de la société farouche actuelle dira que oui, c'est dangereux. Après, tout dépend de la
conclusion. Jouer plus une semaine ou deux semaines le temps que les choses s'apaisent dans ton esprit puis reprendre le cours de ta vie de façon plus équilibrée, je ne vois pas en quoi ça peut
être dangereux. Après, si ça te coupe de tout et ruine ta vie, là, c'est la spirale auto-destructrice et je pense que ça doit toucher une très forte minorité de joueurs mal équilibrés. C'est sûr
que cette minorité, il ne faut pas l'oublier, elle existe. Le souci là-dedans et comme beaucoup de choses hérétiques que notre société se complait à diaboliser par peur est que cette minorité est
déformée en majorité quasi-totale par les médias généralistes et d'information. Ce qui alimente la peur et l'aversion des non-joueurs et autres personnes plus âgées d'une naïveté et paranoïa
effarante.


 


De mon côté, durant quelques dures périodes, je me suis bien engouffrée dans la brêche des jeux de façon intensive notamment dans mes déprimes d'être au chômage qui m'ont incité parfois à y jouer
du matin au soir (ou plutôt du début d'après-midi au petit matin) au lieu de me bouger les fesses pour trouver du boulot comme j'aurai dû le faire. Ca me faisait oublier la réalité, je pensais
même que ça m'empêchait de penser. Sauf qu'indirectement, je devais gamberger car quand la crise était passée et que je me suis donnée un coup de pied au cul pour reprendre pied, tout était
vachement plus clair dans mon esprit sur mes possibilités professionnelles futures. De même qu'à une autre dure période frôlant l'auto-destruction pure et simple, j'avoue m'être noyée dans la
musique et je crois bien que c'est en grande partie grâce à elle que je m'en suis sortie.


 


L'alimentation des passions se fait à mon sens en partie avec ce genre de périodes d'intimité intensives, où l'on se jette à corps perdu dedans, qu'on y met toute notre âme dedans. Cela ne fait
que renforcer nos liens avec elles, ce qui évidemment apporte un impact sur notre vie lorsqu'on décide de la faire reprendre son cours normal. Une passion, c'est un peu la personnification d'une
sorte d'ami, voire même de fraternité ou d'amour. Certes, ce n'est pas une personne mais on y consacre du temps et de l'énergie, quitte à faire des concessions pour sur nos vies sociales voire
professionnelles pour l'aménager. Mais est-ce si mal que cela ? Je ne pense pas car ces passions restent des formes culturelles qui font évoluer notre esprit et nos points de vue, la curiosité
émanant de la passion faisant qu'on veut toujours en savoir plus et qu'on s'en va faire les fouineurs pour étoffer ses connaissances (purement théoriques ou pratiques). A mon sens, ce qu'il y a
de plus dangereux au contraire est l'être qui n'a pas de passion dans sa vie. Il suffit de voir les conséquences de ça : dans les banlieues, ça zone d'emmerdement jusqu'à conduire à la voie du
"voyou" (au moins, ça occupe pendant ce temps-là, les gens fades n'ayant aucune forme de conversation, ceux comblant leur manque par substitution dans leur famille et une fois les gamins devenus
grands partis (ou conjoint) ne sont plus rien et se laissent emporter par l'aigreur dépressive jusqu'à les isoler totalement du monde...

Mémoire de joueur 04/10/2012 14:05



ta plume est plus juste que jamais c’est un plaisir de te lire


C'est juste ce que tu dis, se plonger dans une passion dans nos périodes de dépression c'est généralement salvateur. On sera d'accord aussi je pense sur le fait que parmi tous les joueurs
"normaux" beaucoup, si ce n'est pas tous, on connu une période d'excès durant laquelle la pratique du jeu vidéo sera passé de la passion à la névrose. Je suis d'accord effectivement ce que je dis
là n'est pas propre aux jeux vidéo c'est un risque que l'on court avec toutes les passions.


En allumant notre console on ne prend pas le risque de ruiner notre vie tant que notre vie prévaut sur le jeu vidéo mais il y a une "minorité" de joueurs pour qui le jeu vidéo prévaut sur leur
vie et là ça devient problématique. Je prends des guillemets pour dire minorité parce que j'ai du mal à jauger l'ampleur de ces joueurs, à l'époque où je tenais une boutique de jeux vidéo j'avais
été étonné du nombre de personne dont la vie reposait sur le jeu ; il n'y a rien qui me mettait plus mal alaise qu'une personne qui vient te voir et qui te raconte sa partie de FF VII comme s'il
te raconter sa vie parce que justement il te raconte sa vie.


Là où je suis d'accord et où auqab0n a raison de s'offusquer sur le fait de parler de drogue quand on parle de jeu vidéo c'est que à priori le sevrage n'est pas trop dur et l'accoutumance vite
oubliée. Mais si on peut sortir plus ou moins facilement de la spirale négative ça ne nous évite pas de tomber dedans.


Finalement avec ce commentaire / article ce que je voulais dire c'est que ce n'est pas parce que les discours des médias généralistes sur les jeux vidéo sont caricaturaux que nous devons en
réponse adopter une posture caricatural. La passion des jeux vidéo n'est pas plus nocive que la passion de la cuisine, de l'équitation ou de la musique mais elle comporte quand même des risques
ou des pièges parce que contrairement aux autres passions que l'on peut avoir elle s'évertue à donner l'illusion d'un autre monde, l'illusion que l'on peut investir de nouveau territoire, elle
question je trouve plus que les autres notre rapport au monde et notre rapport aux autres



aquab0n 04/10/2012 07:59


Tant que nous sommes d'accord que c'est le joueur le problème et non le jeu, nous sommes d'accord. Moi aussi quand je déprimme je joue plus que d'habitude mais dans ce cas j'ai déjà un problème
avant de jouer et ce n'est pas jouer qui m'a apporté un problème :)

Mémoire de joueur 04/10/2012 12:06



Nous sommes d'accord, sauf que lorsque le joueur a un problème le jeu peut devenir un problème ; je bois occationnellement je suis loin d'être alcoolique mais pour les buveurs chronique l'alcool
est un problème non ? Je sais la comparaison est curieuse mais en même temps pas tant que cela. Par contre oui tu as raison aucun style de jeu particulier n'est en cause quand on commence à jouer
de façon "problématique" ça peut être autant à un FPS violent, un RPG glauque, à Pokemon, à Mario Kart où à n'importe quel jeu social sur Facebook :)


Par contre pour Hell Yeah je n'ai pas remarqué de Lag particulier au moment des sauvegarde automatique