Il m’aura fallu trois sessions de jeu pour venir à bout de Borderlands. Pas trois heures, pas trois parties mais trois périodes où j’ai eu envie d’y jouer ; périodes qui correspondent globalement à des moments où j’avais quelques choses à écouter, un nouvel album ou une bonne série de podcast, parce que Borderlands offre une chose que finalement de moins en moins de jeux offrent de nos jours - à part les puzzles games façon Tetris au Bejeweled - : c'est du temps de cerveau disponible. Il n’y a pas si longtemps encore il m’arrivait de jouer juste pour m’occuper les mains pendant que j’écoutais la radio ou que je regardais la télévision ; oui quand j’étais plus jeune, j’avais deux télés dans ma chambre et il m’arrivait souvent de jouer à un jeu en regardant du sport à la télé. Je trouve que plus le temps fait son œuvre dans les jeux vidéo et plus ce que les jeux vidéo gagnent en qualité sonore, scénaristique et même en ambiance ce qu’ils perdent en temps de cerveau disponible. Je vois cela comme une qualité, comme l’évolution logique d’un média qui gagne en maturité et aujourd’hui je me verrai mal jouer à Alice Madness Returns, Bioshock, Deus EX, Red Dead Redemption, Dead Space, Heavy Rain ni à n’importe quel RPG en écoutant un podcast en arrière-plan - à part Alice c’est la liste des jeux que j’ai envie de reprendre et finir prochainement, liste de jeux à jouer si possible de nuit avec le casque et toute l’attention nécessaire pour s’immerger dans ces œuvres -. Alors dans le paysage vidéoludique devenu presque trop sérieux Borderlands avec son univers vide, son scénario minimal et la paix royale qu’il fout au joueur se présente un peu comme un ovni.

 

Je dois avouer que j’ai eu beaucoup de mal à adhère à l’esprit de ce jeu. La première fois après avoir trouvé le jeu trop difficile et trop brouillon, je l’ai revendu. Ensuite il est revenu gratuitement via le PSN +, je n’ai pas eu le cœur de lui refuser une seconde chance, je l’ai réentreprit depuis le début j’ai accroché jusqu’à ce que le jeu devienne - trop vite hélas - répétitif et sans enjeux et qu’il finisse par ne plus m’exciter. Et ces derniers jours à la faveur d’un rhume et d’une fièvre raisonnable j’y suis revenu ; mes préjugés étant mis en quarantaine par la fièvre je crois que j’ai enfin pu apprécier le jeu à ça juste valeur. Le fait que le scénario et ce qui pourrait ressembler à de la mise en scène sorte de sa profonde léthargie dans le dernière quart du jeu y est peut être pour quelque chose. Mais je crois surtout que Borderlands est un jeu solitaire pour des joueurs solitaires ; arpenter Pandora planète qui se révèle être d’un vide infini, y tuer toujours les mêmes ennemis qui reviennent toujours aux mêmes endroits pour accomplir des missions dont je ne prenais même plus la peine de lire le contenu fini par avoir sur le joueur, en l’occurrence sur moi, un effet presque hypnotique. Quand on finit par abandonner l’idée d’un souffle épique, d’un vrai spectacle, d’une narration ou d’un héroïsme et que l’on accepte l’aspect rudimentaire du jeu, on finit par s’attacher à lui.

 

Vue à la première personne comme dans un FPS, un système d’évolution qui rappelle le RPG et une approche du gameplay qui, vidé de tous enjeux scénaristique et dramatique, n’est pas loin de ressembler à du hack’n slash. Borderlands est, comme Les Royaumes d'Amalur Reckoning, un jeu hybride qui à plus à voir avec l’esprit arcade qu’avec le reste. Une fois que l’on admet cela fort est de constater que le jeu offre de beaux moments de jeu vidéo ; simples, violents et efficaces.

 

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Ce n’est peut-être pas le cas dans tous les jeux, mais il y a parfois dans les jeux un morceau de choix, une séquence épique, bref un passage qui sort très nettement du lot et qui pourrait à lui seul justifier que l’on s’attache à ce jeu. Et par chance Borderlands possède un passage comme cela, c’est l’arrivée dans Old Haven. Jusqu’à présent nos ennemis étaient soit la faune locale soit des mercenaires néo-punk-mutant bas de plafond que l’on pourrait croire tout droit sortis de La Colline à des Yeux. À cet instant on arrive dans Old Haven, on passe devant un mur où ont été exécutés des gens et on fait rapidement la rencontre de La Lance Rouge une milice paramilitaire. Avec ses affiches de propagande et son caracter design très inspiré des Helghast de Killzone et ses manières brutales la Lance Rouge possède de forts accents néonazis ; et surtout ce sont des adversaires plus coriaces que le reste du bestiaire de Borderlands. Le level design de Old Haven étant vraiment bien foutu mettant vraiment bien à profit les différents niveaux de la ville - sol et toit - ce passage fait monter en intensité le jeu. C’est de très loin le passage qui m’a fait aimer le jeu et qui m’empêche donc de regretter les nombreuses heures de jeux précédents son arrivée. Par contre j’aimerai partager avec vous une interrogation sur la Lance Rouge - Crimson Lance en VO -. Je trouve que leur emblème ressemble vraiment beaucoup à celle du PSG. Alors oui, je sais qu’aujourd’hui le Parc des Princes a été nettoyé et pacifié de ses supporters extrémistes mais est-ce vraiment un pur hasard que le logo de cette milice paramilitaire ressemble autant à celui du PSG ? En tout cas je trouve que c’est un curieux hasard. Ses allures de bidonville traversé par une milice fasciste l’ambiance de Old Haven tranche nettement avec le « fun » qui est censé habité le reste de Borderlands mais justement cette rupture donne à ce passage un aspect vraiment très bon.

 

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Aussi curieux et improbable que cela puisse paraître après des débuts très difficiles entre Borderlands et moi une fois le jeu fini, je me suis relancé dans une partie. Je pense que c’est à cela que l’on voit les bons jeux. J’ai même relancé deux parties, une avec un autre personnage pour voir si le gameplay est radicalement différent et une seconde qui est en fait la « suite » de la première dans le parcours 2 c'est-à-dire avec une difficulté relevée ce qui ne gâche rien parce qu’un peu de challenge ne peut que rendre le jeu meilleur. Mais c’est amusant, ce n’est pas parce que j’ai fini ce premier opus et que j’y rejoue avec plaisir que j’ai pour autant envie d’essayer le 2. Même si le scénario se réveille à la fin de la partie, il ne donne pas envie de se plonger dans une nouvelle histoire. Vraiment comme un bon vieil hack’n slash on refait Borderlands pour le plaisir de shooter des mutants avec des armes toujours plus destructrices.

 

Bon s’il fallait conclure que dire de ce jeu ? Un FPS sans rigueur, un RPG sans scénario, un hack’n slash surarmé dans un univers vide et désert - un défaut / qualité dont je ne parviens pas à savoir si c’est par souci cohérence ou par paresse qu’il se retrouve ainsi - voilà ce qui caractérise Borderlands. Son côté jeu postapocalyptique générique finit par le rendre attachant parce qu’il n’ait pas exigeant ; pas besoin de suivre son histoire, pas besoin d’être un top player pour s’en sortir - à condition d’avoir les bonnes armes -, pas besoin d’attention pour écouter les dialogues qu’il n’y a pas, pas besoin de réfléchir non plus par contre il est nécessaire d’adhérer au parti pris esthétique du cell shading très prononcé. Je trouve que cela colle très bien à l’esprit du jeu et surtout je trouve cela presque indémodable ce qui fait que le jeu vieilli bien. En même temps si vous cherchez un jeu épique, une ambiance forte et un jeu qui vous embarque dès les premières minutes passez votre chemin ; vous êtes ici avec un jeu malembouché. Mais qui sait c’est peut-être de cela dont vous avez besoin, passer un moment seul à marcher dans le désert pour buter des mutants. Si tel est votre cas, vous êtes les bienvenus dans Borderlands.

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