Je suis allé voir Avengers comme on va à la messe. Sans être croyant ni même un fin connaisseur du sujet mais simplement avec l’idée de partager un moment avec mes semblables, une forme néo geek de communion. Je ne doute pas une seconde que l’énorme machine de communication des Avengers va conduire dans les salles une foule immense forgeant ainsi un très grand succès ; c’est vrai pourtant que lorsque le succès est français je ne participe pas à la communion mais là c’est différent parce que c’est Marvel, parce que c’est du cinéma d’action et de science fiction et surtout parce qu’il y a des chances que ce film marque un tournant dans la pop culture et le divertissement. Je suis allé voir Avengers sans rien savoir du film tel un vrai candide qui pose son cul et son soda dans un cinéma ; enfin je dis cela mais c’est une pure formule de rhétorique parce qu’évidemment je connais déjà les Avengers en comic books et que j’ai vu les deux Iron Man, les deux Hulk et même Thor qui se partage avec le Hulk de Ang Lee tout mon affection. En réalité il ne manque à mon tableau que Captain America et certainement la tonne de bande annonce, de trailers et de publicité qui ont préparé la sortie des Avengers. Quand je dis que je suis allé voir Avengers sans être croyant ni pratiquant c’est parce que je n’avais aucuns préjugés sur la qualité ni sur les enjeux du film.

 

 

the-avengers-team-image.jpg

 

Je suis sorti de là ravi ; à n’en pas douter Avengers est une merveilleuse machine à produire du divertissement. En 2h22 le film déroule un récit d’un effroyable classicisme - mais peut-il en être autrement quand on adapte une histoire dont en tant que spectateur je connais à parfaitement et à l’avance les tenants et les aboutissants ? - qui raconte comment une bande de héros aux égos aussi démesurés qu’excentriques - et d’ailleurs je regrette que le film n’ai pas plus tricoté sa trame avec la part torturée de ces égos parce que c’est bien dans ces failles qui parsèment l’historique de chacun des super héros qu’aurai dû se forger la moelle du film, celle qui aurai permis une narration plus dense, plus tragique qui aurai ainsi pu donnait naissance non pas à un monstre du divertissement mais à une immense film. La tentative de nous faire percevoir la douloureuse conscience de la Veuve Noire est une bel échec, peut être le seul point regrettable du film dont je ne sais pas s’il faut en imputer la faute au scénario ou à une Scarlett Johansson plus douée pour mettre en valeur son joli minois et ses formes généreuse que pour transmettre une émotion … - sont réunis, se divisent puis enfin s’allient pour lutter et vaincre un ennemi commun. Si le récit des Avengers est cousu d’un gros fil blanc la qualité du découpage du scénario et le rythme parfait que parvient à insuffler Joss Whedon tout au long du film font complètement oublier que nous avançons dans un récit trop prévisible. Soyons honnête, on ne va pas voir Avengers - ni un autre film Marvel - pour son histoire ; je ne dis pas que les univers Marvel ne recèlent pas d’excellentes histoires, je pense même le contraire mais je pense aussi que la complexité des meilleures histoires des comic books Marvel ne tiendrait pas en 2h30 et que si on va voir un film de super héros c’est pour voir de l’action. Si je devais continuer de parler de l’histoire je finirai par dire du mal de la fin du récit et surtout de la manière outrageusement simpliste, rapide et facile dont le film règle son problème de portail dimensionnel d’où déferle des hordes d’extraterrestres belliqueux. J’ai eu l’impression qu’on avait donné au scénariste un cahier vierge pour écrire son scénario et alors qui décrivait la bataille de New York il a soudain réalisé qu’il ne lui restait plus qu’une page pour écrire la fin du film « et donc là le héros met la clef dans la serrure et ferme la porte » fin … Enfin si vous êtes comme moi vous aurez rapidement fait le deuil de l’histoire et vous vous serez laissé porter par le film qui est d’un timing parfait sachant comment alterner un humour potache souvent porté par un Tony Stark très en verve et une action dense sans jamais être confuse.

 

J’ai découvert le cinéma d’action dans les années 90. A cette époque en avoir eu pour son argent signifiait un film avec un acteur connu, de la pyrotechnie, des cascades, des gros guns et des mecs qui se battent. C’était viril dans le sens où c’était réel, un peu brut, rugueux, ça sentait la sueur, le sang, la poudre et l’adrénaline ; le simple fait qu’un mec réussisse à passer sous un camion avec sa moto suffisait à mon plaisir, peu importait comment cela était montré. Et puis j’ai découvert le cinéma asiatique, cinéma d’action avec ses films de sabre, ses films de kung fu et les films qui montraient la violence avec poésie. Alors que je débéquetais Luc Besson incapable de filmer la violence je découvrais le cinéma de John Who, les artistes martiaux, le sens de la chorégraphie et l’esthétique de la violence. L’action reposait toujours sur la prouesse physique mais elle était devenue plus visible, plus lisible et plus poétique. Et puis Jet Li est allé faire la star à Hollywood et il y a eu Matrix marquant tout à la fois un sommet, une décadence et l’avènement d’une mutation. La précision et la maestria des films d’action asiatique - avec des chorégraphies réglées au millième par Yuen Woo-Ping - rencontrait dans un cadre de science fiction occidentale post moderne des acteurs sans aucun charisme ni expérience martial et grâce ou à cause de la magie des effets numériques les deux choses s’hybridèrent amenant Matrix à devenir à la fois l’apogée d’un genre et son tombeau en même. La saga des frères Wachowski ouvrait définitivement la boite de pandore des effets numérique hybridant à jamais un genre rugueux, saillant et frontale avec l’idée qu’une débauche d’effet spéciaux, de guimauve visuelle de synthèse, pourra remplacer l’implication du corps dans l’action. Après cela une horde de films de super héros à débarquée relayant sans cesse cette mode des effets numériques avec plus ou moins de bonheur. Avengers se pose donc en héritier de ce genre hybride du film d’action sous stéroïde au gout de guimauve numérique ; genre qui, à mon gout, a longtemps échoué là dans l’entreprise de proposer des scènes d’action jouissives. Est-ce le talent de Joss Whedon, l’œuvre du temps, une technologie conciliante ou le pur hasard mais Avengers réussi parfaitement dans ce domaine !

 

The_Avengers_thor-cpatain-america.jpg

 

Avengers offre des scènes d’action vraiment ébouriffantes. Joss Whedon rompt avec l’idée que la surenchère visuelle et la nervosité du montage est la meilleure manière de représenter l’action. Au contraire dans Avengers il sait faire durer les plans suffisamment longtemps pour que le fan et le spectateur puisse jouir de l’image. Déjà en lui-même Avengers est une jubilation, retrouver Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, la Veuve Noire, Hawkeye et Nick Fury dans le même film est une allégresse mais les scènes d’actions et notamment la bataille finale dans New York est d’un plaisir qui dépasse tout ce que j’aurai pu imaginer. Cette séquence finale est, en terme d’action, totalement fabuleuse - parce qu’en terme de scénario j’ai, je crois, déjà exprimé mes réserves -, on a le temps d’admirer et de profiter de chaque détail de destruction. A plusieurs reprises quand ces Léviathans de l’espace, gros vers spatiaux dont j’ai oublié le nom, détruisent des pans d’immeubles j’ai été saisi par l’analogie ou l’hommage avec les images représentant les attentas du 11 septembre. Ce n’est pas tant qu’un gros truc volant détruise un immeuble mais bien les similitudes de prises de vues qui m’on fait penser à cela et j’avoue que j’ai été troublé. D’un coté je trouvé qu’il y avait du génie dans le fait d’oser se réapproprier cet imagerie dans un cadre fantaisie. En même temps j’avais un certain malaise éthique parce que des sentiments contradictoires entraient en collision ; le plaisir de cette scène grandiose et le souvenir amère des attentats. En même temps je trouvais que réussir à se réapproprier une part de l’histoire douloureuse des états unis et d’en livrer une forme de relecture à la sauce Marvel c’est peut être le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à Marvel dont l’histoire et le succès est en parti liée à ses héros patriotes luttant pour sauver le pays contre les forces nazies durant la seconde guerre mondiale ou plus tard contre le danger communiste durant la guerre froide. Mais cette dimension patriotique même si elle est au cœur de la motivation des Avengers reste discrète dans le film qui repose avant tout sur l’action.

 

Le spectacle que propose Avengers est grandiose, drôle, jouissif et jubilatoire mais ça n’empêche pas que j’ai pu ressentir comme une petite déception. Le film est drôle, d’ailleurs peut être un peu trop à mon goût, parce que parfois le rire vient désamorcer ou simplement remplacer ce qui aurai pu être une autre émotion, le film évacue tant qu’il le peut toute forme de pathos pour ne laisser qu’un beau spectacle. C’est particulièrement visible quand Hulk entame son combat final contre Loki grand méchant de l’histoire et qu’en quelques secondes la salle entière éclate de rire. Dans le fond Avengers est réglé comme un combat de catch, c’est drôle et spectaculaire mais ça reste du divertissement parce que le spectateur sait que c’est du chiqué. Il manque un supplément d’âme, de cœur ou de couille, bref une dimension humaine pour que l’on passe du divertissement au grand film. Et celui qui paie le plus le prix de ce parti pris c’est le pauvre Hulk. Bruce Banner qui est quand même le lieu d’une dualité douloureuse et torturée, violente et plutôt très mieux exploré par les deux premiers films dont il était le héros est ici réduit au rang d’arme de destruction massive. Et on s’étonnera qu’après une première transformation où Hulk est parfaitement incontrôlable il revienne se transforme et puisse se contrôler et même communiquer avec les autres héros. Mais le tour de force de Avengers c’est que l’on oubli ses défauts tant sa maitrise technique, sa mise en scène et son sens du spectacle est grand. J’ai particulièrement apprécié la façon dont Joss Whedon joue avec les reflets, la scène où Black Widow interroge Loki est une petite merveille visuellement. Finalement Avengers est tel que l’on se fout que Nick Fury soit exaspérant, que Captain America soit le sosie du nageur Alain Bernard, que Hawkeye ai le charisme d’une huitre, que le scénario soit d’une pauvreté étonnante parce que c’est le spectacle prime sur tout le reste et c’est là la grande réussite de Avengers. Une réussite et aussi quelque part la limite des films Marvel.

 

Le générique de fin - celui juste avant la scène post générique grand classique des films Marvel - se déroule tandis que la caméra caresse les armes et les armures de nos super héros et en un sens ça résume parfaitement l’esprit du film. C’est un film de surface, un film qui reste à la surface de l’armure d’Iron Man, un film qui reste à la surface du bouclier de Captain America, un film qui se focalise sur le marteau, la flèche, le costume, l’apparence, l’appart mais qui évite d’entrer dans la chaire et la psychologie des personnages. Je ne crois pas que le film échoue dans cette entreprise, juste qu’il ne cherche pas à explorer cette voie. C’est un choix. Un choix qui peut laisser mitiger, un choix parfois mutilant pour ceux qui connaissent le multivers Marvel et les personnages qui le peuplent. Mais fort est de constater que la voie choisie par Avengers est parfaitement maitrisée de la première à la dernière seconde. Avengers est le meilleur divertissement cinématographique Marvel à n’en pas douter !

 

affiche-de-finitive-franc-aise.jpg

 

Alors que je suis sur le point de publier mon article je réalise grâce à l'affiche que "en 3D dans les salles équipées" et que j'étais dans une salle équipée avec ma paire de lunette. Que dire de la 3D dans Avengers. Je me le demande ... On ressort du film en se demandant si le film était réellement en 3D parce qu'on a rien remarqué. On peut alors soit penser que c'est une arnaque parce qu'elle se sert à rien, soit que c'est une forme d'avancé parce que la 3D est devenue si naturelle qu'on ne la remarque plus. Ce qui est sûr c'est que cette forme de discrétion de la troisième dimension répond je crois à cette volonté de lisibilité du film. Fini l'esbroufe, ici l'action est montrée clairement. La 3D se glisse pourtant dans tous les plans mais avec discrétion et/ou inutilité ...

Retour à l'accueil