Il y a un peu plus d'un an j'allais au cinéma voir John Carter. J'en ressortais avec une impression médiocre, ni vraiment bonne, ni totalement mauvaise. Ce soir, je viens de revoir le film sur Canal Plus et je me suis surpris à trouver le film plutôt bon et vraiment agréable à regarder. Alors j'ai été curieux de ce que j'avais pu penser à l'époque pour comprendre pourquoi il y a un tel fossé entre mes deux impressions. J'ai relu mon article, je me suis trouvé plutôt bon - au sens de inspiré - dans ma critiquer mais dans le même temps je me suis trouvé outrageusement excessif sur certains jugements dont je reconnais le fondement mais dont j'ai envie de minorer l'importance ce soir.

J'ai hésité à écrire une nouvelle critique sur John Carter, mais au final, je trouve plus intéressant de réécrire l'ancienne. Je vais seulement pondérer quelques points vus et en mettre d'autres un peu plus en valeur.

John Carter - une seconde critique

John Carter ou l'espoir fou d'un divertissement

Hier soir, pris par un élan étonnant de vouloir me divertir en public j'ai bougé mon cul de plus en plus gros jusqu'au multiplexe le plus proche pour y regarder John Carter. Me voilà donc entrain de débourser 12€35 pour obtenir un billet. Je ne sais pas ce qui justifie ce prix exorbitant, la copie numérique ou les 2h20 de films mais si on commence à nous vendre les films à la durée ça ne va pas aller du tout. Je savais que le film était en 3D, c’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à aller le voir en me disant que si c'est Disney qui produit il y a une chance que John carter soit un bon film en terme d'exploitation de la 3D en tout cas de façon suffisamment distrayante pour que je n’ai pas l’impression de me faire voler. La salle était presque pleine, le pop-corn bruissait dans les bouches, les jeunes s'impatientaient et là je me suis dit que cela allait peut-être effectivement un bon film.

 

Le corps du délit ; c’est qui ce John Carter ?

Dans John Carter il y a donc un John Carter incarné par un acteur dont l'absence de charisme n'est pas sans rappeler un Schwarzenegger des débuts - ou de la fin parce que Schwarzenegger n'ai jamais brillé par son charisme -. Ironie du sort l'acteur s'appelle Taylor Kitsch, et kitsch, on peut dire qu'il l'est ; son physique, sa coupe de cheveux et surtout son jeu. C'est d'ailleurs tout le film qui semble être contaminé par la particule kitsch du patronyme de son premier rôle. Sinon John Carter est américain du XIXe siècle qui se retrouve projeté sur une planète qui ne restera pas longtemps inconnue et dont on comprendra que c’est la planète Mars. Pas de chance pour John Carter, deux cités martiennes millénaires se font la guerre et le spectateur se doute bien que John Carter va faire basculer l'histoire. Et oui en bon héros, il mènera son équipe à la victoire tel Coach Carter.

 

C'est Disney qui produit le film, c'est d'ailleurs le réalisateur de Wall-E - et j'aime beaucoup ce film pour sa poésie et sa parfaite maîtrise du timing, je parle bien de Wall-E - qui réalise le film. Qui dit Disney dit manichéisme, et dans le style John Carter est un modèle du genre, c'est même un - vieux-modèle - du genre ; et c'est finalement un des intérêts majeur du film - je dis ça aujourd'hui alors qu'à ma première vision j'ai trouvé malin de critiquer ce point alors qu'il est d'une part un très bel hommage à une science-fiction qui n'existe plus, à une vision du monde qui n'existe plus mais qui trouve dans le manichéisme le souffle de l'aventure épique. Bien sûr il y a longtemps que je n'ai pas vu un film avec tel manichéisme, même pour un Disney c’est caricatural ; les gentils sont en bleus, les méchants sont en rouges, chaque camps arborent de beaux étendards pour qu'on ne les confonde pas pendant les combats, l'arme la plus destructrice de l'univers c'est un gentil rayon bleu et cerise sur le gâteau martien sur Mars le sang est bleu ! Oui, oui, du sang bleu, pendant un temps j'ai cru me retrouver avec une version censurée de John Carter et j'ai cherché s'il n'y avait pas une manipulation à faire sur mes lunettes pour débloquer le sang rouge comme à l'époque de Mortal Kombat sur Super Nintendo, mais non rien à faire le sang qui coule est bleu et même si le sang coule assez peu, mais cela m’empêche pas d’avoir quelques plans avec notre héros couvert de bleu.

 

Pas d'ambiguïté ni de nuance ; les gentils sont gentils, les méchants sont méchants et le héros qui est censé être un homme vénal et cynique, il est quand même drôlement gentil parce que c'est le héros et cela rend le film confortable, on parcourt les aventures de John Carter comme on se promène dans un territoire inconnu mais familier. Et si l'histoire est manichéenne à y regarder de plus près le scénario distille une douche de subtilité en sous-main. Et puis quand on cherche du divertissement, on ne cherche pas nécessairement des histoires compliquées, on pourrait par exemple chercher de l'humour. Et de l'humour, John Carter le film n'en manque pas. Un humour tendance cartoon présent tout au long du film, parfois à la limite du burlesque, souvent déroutant et plutôt rafraîchissant - dire que j'ai osé affirmer que l'humour est "assez inapproprié" dans une aventure spatiale, j'ai honte d'avoir osé dire cela -.

 

Dans l’esprit John Carter a les codes d'une grosse artillerie du film de science-fiction, un vrai blockbuster de l'espace à poser quelque part entre Star Wars et Avata. Il n'y a pas nécessairement matière à faire un grand film de science-fiction, par contre il y a de quoi avoir une très belle aventure. John Carter est l'adaptation d'une oeuvre d'Edgar Rice Burroughs, auteur de Tarzan mais aussi donc du Cycle de Mars qui a influencé énormément d’œuvres de la science fiction - il faut dire que ce cycle a 100 ans c'est donc assez logique le père de beaucoup d'oeuvres qui viendront à sa suite -. Edgar Rice Burroughs avait l'art de la narration des pulps, un savoir faire qui permet de à John Carter de posséder un vrai souffle épique avec des éléments classiques de la SF.  Quand on se dit que la trame de John Carter a cent ans on voit en quoi le Cycle de Mars a influencé la science fiction. Le revers de cela c'est aussi une impression de déjà-vu parce, comme si le film arrivait trop tard. On identifie assez bien ce que les éléments de John Carter vont se disperser dans la SF comme ce combat dans une arène contre des créatures monstrueuses que l’on retrouve dans Star Wars. Je trouve que les acteurs manquent de charisme et ils peinent à donner du corps à l’histoire. C'est dommage parce que l’univers est intéressant avec une forme d'exotisme naturaliste - j'en reparlerai plus loin au sujet de Tharks - et sa vision de la SF à l'ancienne avec son futur désuet et son ambiance surannée.

Taylor Kitsch avec son regard profond ; on comprend mieux son nom de famille

Taylor Kitsch avec son regard profond ; on comprend mieux son nom de famille

Mais que reste t-il de bon dans John Carter ?

Après ce prélude qui peut se révéler peu flatteur, il y a de quoi s’interroger sur ce qu'il reste à sauver dans John Carter, mais aussi étonnant que cela puisse paraître il y a des bonnes choses dans ce film. Bref ce que j’ai aimé en premier lieu dans John Carter ce sont les martiens. Dans le film, on les appelle les Tharks, grands, verts, avec quatre bras, vivant dans une société archaïco-romaine ils sont moins cons que les Gungans, ils sont moins coincés que les Na'vi et ils ont une gouaille et un art de vivre qui n'est pas sans rappeler celui de ces beaufs de peaux verts Orc. Toutes les scènes avec les Tharks sont d'ailleurs à mon sens les plus réussis. La rencontre entre John Carter et Tars Tarkas est une des meilleures scènes du film, drôle et très intéressante dans ce qu'elle retourne les codes de la rencontre extraterrestre ; à la limite du burlesque cette scène pleine de poésie est une des plus jubilatoires rencontre humain martien depuis Mars Attack.

 

Le début du film, quand John Carter appréhende son nouvel environnement martien, est plutôt réussi, c'est le moment où notre héros découvre qu'il peut faire des sauts démesurés façon Vince Carter à l'époque de Toronto Raptors. Une autre chose que j’ai aimé c’est l’humour cartoon assez inattendu comme ce chien martien qui court tel un Bip Bip après un coyote de l’espace. Il y a aussi les décors, enfin les paysages parce que les intérieurs sont assez moyens. Mais certains paysages à la fois grandioses et dépouillés portent en eux le souffle épique de l’aventure et du dépaysement et j’aime cela. Il y a aussi des bonnes idées qui traversent le film mais qui ne sont jamais vraiment développées malheureusement comme la cité Zodanga qui se déplace en dévorant des richesses du sol martien ou la technologie steampunk des vaisseaux qui se conduisent comme des galères. On regarde donc John Carter avec plaisir, le film distille de temps à autre de très bonnes scènes. En fait John Carter est un film sans ambition, un film de commande formaté pour entrer dans la case space opéra en 3D mais c'est un film généreux qui donne du plaisir.

 

John Carter peut-il se disputer une part du gâteau Star Wars ?

Les intentions du film sont claires, son positionnement aussi ; aventure de science-fiction spatiale en 3D mais il est clair qu'il manque à John Carter du corps, des couilles et de la chaire pour se placer en concurrent potentiel, rationnel et raisonnable d'un film comme Star Wars. En regardant John Carter je me demandais quels étaient les films de science fiction capables de revendiquer cet héritage ou cette succession. Difficile de répondre, beaucoup de films de science-fiction sortent, mais peu sortent du lot. C’est peut-être parce que trop peu de films prennent le temps de développer leurs univers ; le génie de Star Wars ne tient pas à son histoire ou à sa narration, mais à la densité de son univers. Avatar a suivi la même voie en prenant le temps d’une exploration presque documentaire de la société Na'vi, peut-être qu'il peut revendiquer cet héritage donc ... Les films de science-fiction que j’aime sont ceux qui se donnent la peine de donner corps aux éléments "inutiles" qui donnent eux même à l'univers sa crédibilité et sa cohérence. Malheureusement John Carter, donne la désagréable impression qu'il ne se passe rien en dehors du cadre. Le film est beau, les scènes efficaces, mais parfois ça sonne creux là où il devrait y avoir de la vie ; deux cités qui se font une guerre millénaire devraient reposer sur des civilisations denses et riches. Mais le film n’en montre rien, on n’a droit qu’à des dialogues expliquant le minimum nécessaire à la compréhension de l’histoire ; sur les coutumes, sur les cultures, sur les détails de la vie sur Sodanga ou sur Hélium.

voilà l'ambiance old school SF que j'aurai aimé retrouvé dans John Carter

voilà l'ambiance old school SF que j'aurai aimé retrouvé dans John Carter

Les films, aujourd'hui ils se focalisent sur l'action et n’éclairent que ce qui est strictement nécessaire à la compréhension de la narration. Ils ne prennent pas le temps de développer l’ambiance, l’univers, la matière et le corps du film. Du coup j'en viens à me demander si les jeux vidéo ne sont pas l'avenir de la science fiction. Peut-être que le genre et le média sont entrains de se trouver et de réaliser qu’ils sont fait l’un pour l’autre. Il faut du temps pour poser un univers, un temps que le cinéma n’a plus et que le jeu vidéo permet. Les jeux qui reposent avant sur une ambiance marquée et orientée SF comme Deus EX, Final Fantasy, Mass Effect, Gear of War ou même Enslaved permettent une immersions dans les univers de SF qui sont au moins aussi crédible que beaucoup de films. De plus en plus de jeux cherchent à se construire une identité au travers d’une ambiance et d’un univers fort parce que dans le fond les mécaniques de gameplay et de narration les jeux sont plus ou moins semblable d’un jeu à l’autre. Ce qui fait l’originalité relève de l’univers et les consoles nouvelles générations permettant de pousser la construction des univers, je trouve qu’en termes de SF l’expérience vidéo ludique est en passe d’être supérieur à l’expérience cinématographique ; un jeu comme Mass Effect m'a fait vivre une expérience de science fiction intense.

 

John Carter est clairement calibré grand public, difficile avec cela de sortir du lot. Pourtant le réalisateur Andrew Stanton qui avait fait preuve d’un joli sens rythme et d'une vraie tendresse pour la terre dévastée dans Wall-E continu son oeuvre ; si la rythmique n'est pas le coeur du film on la retrouve dans la qualité de la narration. Et l'on retrouve aussi un regard complaisant / compatissant pour cette terre dévastée qu'est Mars.

 

Si à 30 ans on n'a pas sauvé la planète Mars on a raté sa vie

John Carter avait les moyens d’être un grand film de science-fiction, et si ce n'est pas le cas c'est quand même une grande aventure, portée par un joli soufflé épique, un sens du dépaysement efficace. John Carter se base sur le Cycle de Mars œuvre bâtisseuse de la science fiction avec matière a développer un véritable univers et construire une histoire au souffle héroïque réel. John Carter sent le film de commande, mais il parvient à poser le spectateur devant un vrai spectacle, un vrai divertissement, c'est ça réussite.

John Carter - une seconde critique

Note : C’est la première fois que je réécris un article, c’est aussi la première fois que j’ai été curieux de me relire pour mieux me comprendre. Et à ma grande surprise, j’ai reconnu mon regard sur le film mais pas les conclusions que j’avais été amené à faire à la sortie de la salle. Mais effectivement notre perception des œuvres, des films, des jeux est une chose mouvante et je trouve ça assez revigorant de se confronter à cela. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à réécrire cet article. Enfin le rediriger parce que je n’ai pas modifié fondamentalement le contenu. Dans l’idéal je voudrais trouver le temps et le courage de réécrire toutes mes critiques et de les comparer avec les anciens articles pour juger / jauger de l’écart de mon jugement.

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