Poussé hors de mon trou par un élan de sociabilité et par l’envie de vivre une aventure culturelle, je me suis décidé à aller voir Le Hobbit de Peter Jackson - dis comme ça on pourrait y voir un sous-entendu salace, rassurez-vous ce n’est pas la cas -. Quel échec ce Hobbit, quel mauvais film, quelle belle perte de temps - 02h45 de perdue et aucune de retrouver - ! Ma déception est à la hauteur de ma surprise. Comment Peter Jackson a-t-il pu passer à ce point à côté de son film ? Scénario, cinéma, acteur, souffle épique, humour, le film est un échec à tous les étage. Il n’y a que la qualité naturaliste de certaines images et la guimauve numérique d’autres images qui tirent leur épingle du jeu.

 

Peter Jackson convoque une grosse artillerie ne ménageant pas ses effets de manche pour raconter une toute petite histoire sans intérêt ; un groupe de nain accompagné d’un magicien et d’un hobbit cherche récupérer son trésor et sa montagne qui ont été volés par un dragon. À l’époque où je faisais du jeu de rôle - c'est-à-dire il y a 20 ans - je fustigeais déjà la faiblesse et le vide de ce genre de scénario. C’est vrai qu’un bon cinéaste comme Peter Jackson n’a normalement pas besoin d’une grande histoire pour pondre un bon scénario et faire un grand film ; mais Le Hobbit débite son histoire avec une simplicité navrante ce qui donne au final un film ennuyeux parce que prévisible.

 

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Dès le départ, on comprend que le film sera léger, se voudra comique et sera simpliste. La scène de rencontre entre les nains et le hobbit chez Bilbon Sacquet résume tout l’esprit du film. Elle est laborieuse, longue, lourdingue et prévisible, elle échoue à être orgiaque, son humour potache décroche difficilement un sourire et en plus elle est visuellement empruntée et prétentieuse. Bref le film aurait pu s’arrêter là parce que les deux heures qui suivent n’apportent rien de plus. Le Hobbit enfile les scènes comme un enfant enfilerait des perles sur un collier ; juste pour faire joli. Avec son scénario au rabais le film est vide d’intensité narrative qui permettrait de créer de la cohérence. Les scènes s’enchaînent et ne semblent pas être reliées les unes aux autres. La bande de nains, le hobbit et le magicien sont dépourvus de la capacité à s’émerveiller. Ils traversent les lieux, les paysages et les scènes avec indifférence tuant ainsi dans l’œuf ce qui aurait pu se transformer en émotion ; vous savez ce souffle épique qui nous remplit quand on se trouve confronté à la puissance d’un exotisme mystérieux.

 

En fait à vouloir trop bien poser les jalons du reste de sa trilogie Peter Jackson oublie de tourner ce film. Il convoque les lieux, les personnages, les ressorts d’un scénario à venir, mais à chaque fois il n’en fait rien. Galadriel, elle-même dit bien qu’il se passe quelque chose mais que l’on ne sait pas quoi et d’ailleurs c’est un peu le vrai pitch du film : Le Hobbit, l’histoire de 13 nains, d’un hobbit et d’un magicien, ils veulent faire un truc et pendant ce temps il se passe quelque chose et on ne sait pas quoi. Ce qui est horrible, c’est que connaissant un peu la suite de l’histoire, on voir venir les ficelles de Jackson et elles sont grosses, énormes, lourdes et c’est très chiant de regarder un film en voyant que tout l’intérêt de l’histoire sera abordé dans les prochains films. C’est une sensation de se faire prendre l’anus encore plus grande qu’avec les DLC déjà présentes dans le jeu vidéo que l’on achète.

 

La trilogie du Seigneur des anneaux a pour elle qu’elle est en permanence traversée par l’aptitude qu’a la communauté de l’anneau à s’émerveiller des lieux et des actes qu’ils vivent. Le premier film nous plonge au cœur d’un maelstrom où se mêle tension dramatique, souffle épique et élan romantique. En plus ce premier film de la trilogie pose des enjeux qu’il faut saisir pour apprécier la suite de la trilogie à sa juste valeur. Mais là, en 02h45, Le Hobbit ne délire rien qui soit nécessaire à la compréhension de sa suite, c’est plutôt une sorte de très long teaser d’où l’on ressort avec plus de frustration qu’autre chose. C’est d’autant plus étonnant, que dans le Seigneur des anneaux le ressort de l’émerveillement de Frodon et sa capacité à puiser en elle le courage d’affronter lui ont été directement transmis par les histoires de Bilbon Sacquet. J’étais persuadé en allant voir ce film que Bilbon serait traité à la manière d’un candide traversant les Terres du Milieu lui le hobbit qui n’était jamais sorti de son trou, que ce serait lui le moteur de l’émerveillement et le prisme qui permettrait d’aborder les Terres du milieu de façon un peu plus légère. Mais ce n’est pas le cas …

 

Dénuée de cette dimension merveilleuse, l’aventure perd nettement de son intérêt se réduisant à une suite de scènes plus ou moins cocasses avec plus ou moins de l’action. Toute la belle machinerie convoquée par Peter Jackson pour filmer de belles images ne suffit pas pour cacher la misère de cette aventure sans souffle épique. À vouloir trop faire de trop belles images Jackson se perd lui-même, oubliant de faire du cinéma. Il est à l’image de Gollum ; le fait de détenir les précieux droits de son précieux projet lui a fait perdre de vu la réalité. Il fait des images, mais oublie de faire du cinéma.

 

Sa mise en scène n’est pas au service de son récit, elle se contente de faire de belles images, comme s’il était plus important pour lui de faire la publicité des paysages de Nouvelle-Zélande que de filmer son histoire. La majorité de ses héros dans ce film sont des gens de petites tailles, on pourrait attendre de la mise en scène qu’elle s’appuie sur cela pour représenter le monde ; en plus, ce sont des nains et un hobbit, des créatures ancrées dans le sol, la terre, la roche, on s’attendrait à avoir une mise en scène rugueuse, qui voit les choses de près exacerbant les rapports de force. Mais Jackson filme les nains comme il filme des hommes ou pire des elfes …

 

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Je pourrai continuer de critiquer le film longtemps, souligner la piètre qualité du jeu d’acteur, encore une fois l’ombre tutélaire du Seigneur des Anneaux pèse sur ce film ; Richard Armitage ressemble curieusement à une version de poche de Viggo Mortensen, Ian McKellen cabotine de façon exaspérante et Martin Freeman campe un Bilbon dont le manque de charisme n’a d’égale que le grotesque de ses expressions faciales. Je pourrais aussi partager mes interrogations sur cette histoire qui se passe qu’entre couilles - ce qui explique le titre de cet article - et qui pourtant est totalement dénué de testostérone. À part la maigre apparition de Galadriel dont la frigidité n’a d’égale que son évanescence le film ne comporte aucun personnage féminin et l’aventure entière se déroule entre hommes, entre nains majoritairement, des nains à la réputation d’être plutôt rustre - la scène de rencontre chez Bilbon Sacquet nous le suggère fortement -. Et pourtant en dehors justement de cette scène de banquet l’aventure de notre groupe de nain - et du hobbit embourgeoisé - ne transpire pas le testostérone pour deux sous il y a presque quelque chose de précieux dans ces nains. Mais surtout le film a vidé l’aventure de sa virilité et donc de sa capacité à faire du héros un homme - ou un semi-homme dans ce cas précis -.

 

Ce film est une désespérance. Le Hobbit est d’un ennui sans bornes. Si vous hésitiez encore avant d’aller le voir n’y allez pas. Si c’est trop tard, je compatie avec vous.

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