Le jeu vidéo est-il de droite ?

Publié le 15 Mars 2012

Si vous avez éteint votre console durant quelques heures pour apercevoir ce qu’il se passe dans votre télévision il ne vous aura pas échappé que nous sommes en pleine campagne présidentiel - en France, je le précise au cas où des lecteurs étrangers parfaitement billings mais parfaitement sous informés aussi viendraient se perdre sur mon blog -, c'est la grande foire aux candidats, aux débats, aux discours et aux promesses de campagne. Dans ce brouhaha médiatico-politque réglé comme du papier à musique je suis tombé sur un document intéressant : 10 mesures clés pour relever les défis industriels du jeu vidéo. C'est un - petit - document publié par le Syndicat National du Jeu Vidéo à l'intention des candidats à l'élection présidentielle. Si je souligne le terme petit c'est pour vous inciter à lire le document - 14 pages avec une mise en page aérée - dont voici le PDF ou à défaut le survoler parce que c'est intéressant de voir ce que le SNJV propose comme avenir pour le jeu vidéo à la française. Et puis je ne suis pas là pour prendre une à une les dix propositions, vous en faire une analyse et de vous dire quoi penser ; vous êtes des grandes filles et des grands garçons et votre libre arbitre vous appartient. Et moi si j'écris cet article c’est parce que deux des propositions m'ont faites réagir.

 

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Adapter le droit du travail aux cycles de production du secteur

 

Je ne suis pas un grand économiste il s'en convient mais j'ai la sensation que la mesure n°9 qui propose d'adapter le droit du travail aux cycles de production du secteur propose surtout de créer, enfin d'accentuer, un climat de précarisation pour les acteurs du jeu vidéo. Derrière cette idée je vois un contrat de travail qui serait comme d'intermittent du jeu vidéo ou de saisonnier du jeu vidéo. Déjà que la réalité au sein de certaines structures de développement et de création de jeux vidéo est précaire cette proposition semble vouloir importer un modèle de instabilité au sein de notre production hexagonal. Je peux me tromper mais j’ai la sensation que ce contexte n’est pas le meilleur pour créer des vocations et encore moins pour garder en France ceux qui auront quand même cette vocation. La précarisation d’un contexte social n’est pas non plus le terreau le plus propice à l’émergence d’une créativité. Généraliser des contrats à durée limité pour mieux coller aux cycles de production me semble sous entendre favoriser une spécialisation d’acteurs n’intervenant que ponctuellement quand un studio à besoin d’externaliser ou de sous traiter une tâche. C’est peut être un modèle économique efficace - je ne m’avancerai pas sur la question - c’est en tout cas un modèle qui pour moi s’en prend au mythe fondateur du jeu vidéo ; mais si vous savez cette époque mythique où un homme seul dans son garage pouvait réaliser un jeu vidéo qui allait devenir un hit mondial, cette mythologie où une poignée de passionnés pouvaient donner vie à des concepts novateurs simplement parce qu’ils étaient passionnés et motivé.

 

Transformer le crédit d'impôt recherche en crédit d'impôt innovation

 

C'est cette mesure qui m'a faite le plus réagir. A travers cette proposition le SNJV prend le parti d'un jeu vidéo qui se définira avant tout par son aspect technique et technologique. C’est considérer que le jeu vidéo c'est surtout - pour ne pas dire seulement - de l'innovation technologique. C'est sous estimer, nier ou oublier la dimension culturelle que les universités française - puisque ici nous ne parlons que de notre beau pays - pourraient et devraient défricher et formaliser. C'est un parti prit qui vat donc à l'encontre de ce que j'espère c'est à dire voir l'émergence d'une culture du jeu vidéo. On en discutait par commentaires à la suite de l'article Existe t-il une culture du jeu vidéo ; je suis de ceux qui pensent que l'élaboration formelle d'un cadre culturel propre au jeu vidéo nécessite qu'il coupe le cordon ombilical avec sa dimension technologie. Passer d'un crédit d'impôt recherche à un crédit d'impôt innovation c'est fermer la gueule des universitaires et de ceux qui essayent de penser le jeu vidéo comme un outil d'appréhension des enjeux sociétaux du XXIème siècle et donner la clef de la maison aux ingénieurs. Alors c'est vrai, l'innovation technologique c'est plus rentable que la recherche intellectuelle et je sais qu'en ces temps de crises se faire du fric c'est le nerf de la guerre. D'ailleurs je ne dis pas que la France devrait laisser l'innovation technologique dans le jeu vidéo aux autres grandes puissances je dis juste que ça ne devrait pas se faire au détriment de la recherche. C'est très bien de mettre en valeur la production technique et industrielle mais si elle permet de faire évoluer les formes elles n'aident pas à l'innovation en terme de contenu et ça serai triste d'avoir une industrie du jeu vidéo française capable de créer des outils nouveaux mais qui serait dépassée en terme de contenu laissant à d'autres nations le soin d'utiliser notre technologie pour écrire l'histoire et la culture du jeu vidéo. Quand on parle cinéma bien sûr que la qualité de l'outillage nécessaire au tournage du film rentre en ligne de compte mais de façon très minimale, le coeur de la parole cinématographique se construit autour du contenu et nous nous voudrions réduire les jeux vidéo aux plateformes qui les faits tourner ?

 

morano-gta.jpgje n'ai pas pu m'empêcher de repêcher cette photo de Nadine Morano qui fait semblant de jouer à GTA avec ses fils, parce que si le jeu vidéo est de droite autant pouvoir en rire

 

L'inexpertise politique d'un joueur passionné mais citoyen commun

 

Après avoir lu les 10 mesures clés pour relever les défis industriels du jeu vidéo le joueur passionné que je suis mais citoyen très commun que je reste a la sensation que ces propositions vont avant tout dans le sens des éditeurs - ceux qui avancent l'argent dans l'embarcation vidéo ludique - que réellement dans le sens des studios - qui eux avancent les idées et donnent le cap qui permet de partir à la conquête de territoires inconnus -. Bien sûr je ne prétends avoir compris tous les tenants et les aboutissants de ces propositions du SNJV et je suis d'ailleurs ouvert à vos remarques et vos éclairages sur le sujet. Mais je ne voudrais pas que sous prétexte de rentabilité le secteur du jeu vidéo français rogne sur une tradition culturelle et créative qui devrait faire une part importante de son identité. Que voulons-nous nous autres joueurs et consommateurs passionnés - oui ça fait bizarre d'écrire consommateur passionné mais quand on voit la fougue avec laquelle certains d'entre vous achètent des éditions hors de prix aussi régulièrement qu'un fumeur achète son paquet de clopes que je suppose que vous êtes des consommateurs passionnés - ? Est-ce que pour nous consommer du jeu vidéo français et jouer français est important ? Serions capable de faire dix propositions pour esquisser un avenir industrialo-culturel du jeu vidéo dans les dix prochaines années ; une sorte de cahiers de doléances du gamer qui remonteraient jusqu'à nos candidats ? Je sais je dis n'importe quoi, en réalité le gamer est très loin de pouvoir représenter un lobby crédible. Certes nous sommes nombreux, certes nous sommes de grands consommateurs, mais une grande partie de cette masse de gamer est constituée de mineurs et vu que le mineur n'a pas le droit de vote le poids politique du gamer est quasi nul.

 

De Sim City à CityVille le gamer est pourtant un citoyen

 

Même si imaginer un lobby des gamers est une utopie ridicule je trouve intéressant de voir au travers des 10 mesures clés pour relever les défis industriels du jeu vidéo du SNJV de quelles manières le secteur du jeu vidéo s'oriente politiquement. De façon partisane et arbitraire pour moi cette orientation que propose le SNJV est plutôt à droite, une bonne vieille droite libérale d'un classicisme très classique comme le suppose l'adjectif en question. C'est intéressant d’ailleurs, traditionnellement la sphère artistique et culturelle est plutôt orientée à gauche et la sphère des industries orientée à droite. Cette série de propositions du SNJV, censé représenter les studios créateurs de jeux vidéo, donne une réponse plutôt clair sur la nature du jeu vidéo : le jeu vidéo est un marché, une industrie et ce n’est pas encore un art ni même une culture. Et vous qu'en pensez vous ? Pour vous le jeu vidéo est-il de droite ?

Rédigé par Mémoire de joueur

Publié dans #Réflexions d'un joueur

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Pitoum (Brice Dubat) 19/04/2012 14:26


Il faut être clair : le SNJV est un syndicat patronal. Il représente les dirigeants des entreprises vidéoludiques françaises. Ce n'est en aucun cas un syndicat des employés de la filières, et
encore moi des joueurs.

Mémoire de joueur 21/04/2012 18:45



Nous sommes d'accord et je suppose que tu vas dire qu'il est normal que les intérêts des partons ne soient pas ceux de leurs employés et encore moins de leurs clients



Margoth 31/03/2012 15:18


Pour le côté culturel, je te parlais là également de l'industrie. En musique, c'est pas difficile à voir, il suffit d'allumer sa radio et observer tous ces groupes/artistes créés de toute pièce
par les gros bonnets dans des buts stériles et mercantiles. En cinéma, le grosses productions ont la vie belle, ces trucs décérébrés et creux. Sans compter les belles éditions, rééditions pour
faire porter la main aux portefeuilles, pour un bel objet ou une place de ciné à 10 euros et 2 euros supplémentaires pour une paire de malheureuses lunettes.


 


Alors, évidemment, il y en a toujours qui résistent, c'est comme dans le JV. C'est même très bien, heureusement qu'ils sont là. Et heureusement qu'il existe les moyens de maintenant pour
permettre qu'ils s'expriment, peut-être dans une exposition restreinte, mais pour un coût raisonnable qui leur permettent d'exister. Le problème étant justement la société qui évolue sous la
croupe des droitistes. Les gens ont tendance à ne s'intéresser qu'aux gros trucs, et cela finira bien évidemment par faire disparaître ceux qui jusqu'à maintenant résistent. En plus de ne plus
avoir de public, il ne se retrouveront plus simplement noyés dans la masse comme c'est actuellement, ils se feront enterrés purement et simplement. A dire vrai, si les choses évoluent de façon
radicale, ce serait carrément de l'inquisition où les résistants se feraient pendre dans la place publique.

Mémoire de joueur 31/03/2012 16:11



heureusement que nous sommes là - nous les blogueurs - pour mettre en lumière les oeuvres de résistances, celles qui méritent d'être sortie de la masse où celles qui au contraire devraient rester
au fond du gouffre. C'est vrai que les radios, les multiplexes sont des usines à vendre de la soupe bien calibrer pour plaire au plus grand nombre, souvent fade et sans risque. Mais heureusement
aussi qu'il y a encore des cinéma d'arts et d'essaie qui diffusent des oeuvres souvent intéressantes à des prix plus raisonnables que ceux des multiplexes, heureusement aussi qu'il y a des
webradios, des blogs, des personnes qui partagent permettent d'écouter et découvrir des musiques qui dépareillent dans le paysage audiovisuel actuel.


Vu que l'industrie du jeu vidéo français semble vouloir prendre la direction de supporter les plus grosses boites ça va être à nous autres de soutenir les productions alternative si on veut
sauver le jeu vidéo d'une grand formatage mondial à moyen terme ^^



Margoth 31/03/2012 11:00


"Je me demande où tu vas chercher tout ça" >> Ce n'est pourtant pas bien difficile, je pense que tout le monde a pu plus ou moins consciemment le noter en observant un minimum l'industrie
vidéo-ludique. Les abus avec les DLC, les pass online, les pass solos, l'avènement des éditions limitées et collector... Dernièrement, je pense qu'on a eu l'illustration la plus probante qui soit
avec UbiSoft quand ils ont dévoilé les différentes éditions d'AC3 (avant même d'avoir des infos et vidéos de gameplay, c'est dire le côté intéressé). Mais bon, il faut tout de même noter que
comme toute bonne société capitaliste qui se respecte, les plus gros abus viennent des plus gros noms. Ce qui est totalement incroyable je trouve car ce sont eux qui bénéficient le plus de
communication et d'exposition, il est donc bien plus facile dans ces conditions de les "lyncher"... Mais non, on laisse faire gentiment et on s'enthousiasme bêtement. Par contre, dès qu'un plus
petit se met à faire le quart de ces trucs, surtout pour pouvoir survivre à la fin du mois et à la fin du mois suivant, on l'enterre comme il se doit et on crie au loup. D'ailleurs, le SNVJ va
clairement dans cette direction en adoptant le ton de "l'élitisme économique" (seul les plus friqués ont le droit d'investir la scène, les autres n'ont même plus le droit de s'amuser dans leur
cave).


 


Après... Le jeu vidéo n'est pas forcément de droite. Son marché l'est, nuance. Mais, à mon goût, quand je vois le cinéma et la musique, je dirais que ce serait le marché culturel dans sa
globalité qui est de droite carrément. Et une partie des loisirs en général (le sport, etc...). Gagner plus pour racler plus aurait dû dire M. Sarkozy...

Mémoire de joueur 31/03/2012 14:06




Tu as raison de le préciser le jeu vidéo en lui même n'est pas nécessairement de droite mais l'industrie elle n'est vraiment et vu les orientations que voudrait donner le SNJV ce n'est pas près
de changer. On peut redouter que la créativité en subisse les conséquences négative, non pas que la créativité soit de gauche mais la créativité nécessiterai que l'on soutienne plus les petits
concepteurs qui ont le temps et l'ambition de donner vie à des formes créatives expérimentales. Les grosses productions qui engagent de gros budgets ont besoin d'être rentables et bien presque
toujours ces budgets servent à payer le marketing et non les équipes créatives. Bref on est d'accord l'industrie du jeu vidéo prend un tournant plutôt inquiétant.


 


Par contre je trouve que tu es dur avec la musique est le cinéma. Bien sûr le marché de la culture fait plutôt la part belle aux grosses productions, celle qui nécessite que l'on débourse des
sommes de plus en plus folles pour en profiter mais autant dans le cinéma que dans la musique il y a encore des poches de résistance, des artistes qui arrivent à résister au système. Alors certes
il y a les jeux dématérialisés qui permettent aux petits studios de survivre mais je ne sais pas si cette possibilité durera longtemps encore parce que produire des jeux devient de plus en plus
cher alors qu'un petit concert sauvage où un court métrage dans un festival ça ne coutera jamais plus cher que ce que ça coute déjà.


 


Enfin l'avenir nous dira si le jeu vidéo a quelques chances de faire perdurer la créativité qui a fait aussi sa renommé à une époque et cela malgré la dictature du marché



aquab0n 24/03/2012 09:02


Je me demande où tu vas chercher tout ça, ce dont je suis sur c'est que si quelqu'un décide de réduire le cout des jeux vidéo par 2, même si son programme ne vaut pas un clou, je voterais pour
lui pour marquer le coup :)

Mémoire de joueur 27/03/2012 11:12



Alors ça oui, si le jeu vidéo devenait un produit culturel bon marché à coup sûr je voterai pour celui qui sera responsable de cela. Mais à priori ce n'est pas parti dans ce sens là, vu les
proposition du SNJV qui sont plutôt dans le sens des grosses structures et donc des gros budgets et donc des grosses rentabilités, je pense qu'on va continuer à payer nos jeux neufs trop cher