Oui, je suis allé voir Les Immortels. Non, je n’ai pas honte, j’assume, la preuve j’en fais un article, ce qui prouve aussi que ma dignité et ma pudeur ne sont pas bien grandes. J'aurai pu faire comme tout le monde et aller voir le nègre pauvre et le riche handicapé qui jouent dans Intouchable - qui semble être une vraie comédie de minorité - mais je n'arrive pas à me fondre dans l'esprit du spectateur français amateur de comédie de masse. Si ça se trouve le film est drôle, même pire le film est bon, mais que voulez vous je n’y arrive pas ; des Bronzés aux Ch’tis en passant par Podium, à toutes les comédies made in France je reste hermétique.

Comme un soir j’avais le cœur à la débauche tout autant qu’à la révolte je me suis dis "ce soir je vais voir Les Immortels" ! Quelle meilleure façon pour incarner une posture de rebellion que de se vautrer dans la médiocrité d’un mauvais film ? Après le passage réglementaire par la case junkfood je suis entré dans la salle avec mes lunettes 3 dimensions pour voir un navet ; j'aurais pu en voir un dans une épicerie, cela m'aurai couté moins cher mais ça aurai été moins bien parce qu'il est bien connu que plus une chose est cher et mieux elle est.

La bande annonce du film vue il y a quelques semaines m'avait laissé une impression de WTF d’un fort beau gabarit ne sachant dire si cette bande annonçait une parodie assumée, une chef d’œuvre surréaliste ou un film outrageusement prétentieux massacré par le montage arbitraire d'une bande annonce. Cela sentait quand même bien la grosse bouse, la bouse comme on n'en fait pus au cinéma depuis longtemps ...

 

les-immortels-film-photos-07.jpg

ils ne sont pas mignons ces dieux de l'Olympe ?

 

Dès les premières secondes du film on comprend à quoi l'on a faire. Une énorme production américaine d'une nullité sans frontières et sans limites. C’est moche, mal joué, mal filmé, les décors sont vides, les costumes ridicules, la réalisation asthmatique, la 3D invisible, etc. Pourtant j'avais aimé The Cell le très psychotique et symboliste premier film de Tarsem Singh réalisateur sur Les Immortels. Je dois même confesser que pendant longtemps The Cell faisait parti du top 5 de mes films favoris et cela malgré le fait que Jennifer Lopez y incarne le rôle principal. Malheureusement avec Les Immortels ont ne retrouve pas l’emphase et le lyrisme visuel de qui faisait les qualités de The Cell pas plus que la réalisation nerveuse et pompeuse dont le réalisateur avait hérité de ses années de faiseur de pub.

Ici le film brille par le vide profond et total sur lequel il repose ; le vide, la vacuité, le néant sont à tous les niveaux, nous sommes proche du vide absolue, le niveau zéro du cinéma. Les Immortels raconte l'histoire d’un Thésée de pacotille luttant contre Hyperion roi mégalo incarné par un Mickey Rourk pathétique cabotinant à grande dose de mauvaise testostérone - bien plus dangereuse que le mauvais cholestérol -. Autour de Mickey Rourk qui n'est là que pour prendre un gros chèque on retrouve un casting d’huîtres et autres mollusques chatouillant le degré zéro de l’acting. Thésée avec sa gueule de sportif bas du front possède le charisme d'un bullot pas frais doté d'un sex-appeal aux abonnés absents. Phèdre la jeune vierge qui fait office d’oracle a l'envergure d'une miss de province et aussi sa vertu puisqu’elle se tape Thésée à la première occasion venue. Et je ne vous parle pas des dieux de l’Olympe avec qui on touche le fond de ce que l’on croyait être un puits sans fond. Ces dieux semblent sortis d'une mauvaise sitcom française des années 90 - oui, c’est un pléonasme -. N'allez pas croire que Les Immortels visent à être une série B honnête qui joue de ses défauts pour rentrer dans la case du cinéma de genre. Non, le film fait bien sentir qu'il veut jouer dans la cour des films qui se prennent au sérieux, le film essaie même de revendiquer une filiation avec 300. Les Immortels voudrait faire croire qu'il est un blockbuster et ça franchement drôle.

 

les-immortels.png

 

J'étais venu voir un mauvais film je peux dire que de ce côté là j'ai été déçu. De temps en temps l'abominable mise en scène ou la pauvreté abyssale des dialogues déclenche un rire inopportun mais le film est tellement mauvais que l'on cesse vite de rire à mesure que grandi l'ennui quand on le regard seul dans un cinéma. Je dis seul mais j’ai été surpris du nombre de spectateurs dans la salle, il parait même que ce film fait un carton au box office américain. Le film brille donc par son vide mais dans cet océan médiocre il y a une scène qui enfonce toutes les autres, un joyau caché dans le film : c'est la scène où les dieux de l'olympe vêtus d'armures dorées volées à un très mauvais cosplay de Saint Seiya combattent les Titans. Outre le ridicule saisissant des costumes et l'hallucinante médiocrité des acteurs, c'est la chorégraphie des combats qui remporte le premier prix du pathétique - ex-aequo peut-être avec la mise en scène de ces dits combats -. La meilleure image que je peux vous donner en comparaison, c'est un combat de Power Rangers. En sachant que les comabats des Power Rangers sont une mauvaise contrefaçon des combats des Bioman eux même contrefaçon de Sentai eux-mêmes contrefaçon des films d'art martiaux.

Avec ce mix ultime d'acteurs au charisme de crustacés, d’affreux costumes plus kitsch qu'un décor bollywoodien, de combats dont les chorégraphies semblent avoir été réglées par un candidat de La France à un Incroyable Talent filmé avec une réalisation flirtant avec le zéro absolu donne naissance à un moment d'anthologie durant lequel on se demande si l'on rêve ou si le réalisateur à vraiment osé faire ça.

Justement, il a vraiment osé ...

Si toi aussi tu as quelque chose à te reprocher et que tu t'impose de voir ce film résiste bien jusqu'à la fin parce que les derniers plans sauront te récompenser d'une vision so WTF de la guerre qui se poursuit au ciel. On en vient à éprouver de la tendresse pour ce réalisateur tant son film est mauvais. Si je ne vous ai pas parlé de la 3D c'est qu'elle est inexistante ; je n'ai même pas eu droit à la pub Haribo ou à la pub Oasis qui en temps normal donnent une vague légitimité à l'effet 3D. Le film est une source inépuisable de défauts et de ratés comme par exemple la plus ridicule évocation de labyrinthes de l'histoire du cinéma ou les pires costumes d'oracle dignes des plus beaux abat-jours Ikea. Ne cherchez plus Les Immortels est le plus mauvais film de l’année !

 

Les-Immortels-Photo-Promo-Octobre-10.jpg

Retour à l'accueil