Tokyo Jungle est un hack, eat and slash animalier à tendance survivaliste. Si la lecture de cette phrase ne suffit pas à faire naître chez vous une furieuse envie de tester ce jeu c’est que votre degré de lassitude du jeu vidéo a dépassé le stade du raisonnable. Personnellement j'ai la chance - chance pour vous évidemment car grâce à elle j’écris un bel article et tout nouvel article de ma part est un moment de joie qui éclabousse la blogosphère - j’ai tout de suite été interpelé par Tokyo Jungle. Et pas seulement parce que pouvoir jouer à cet OVNI vidéo ludique animalier me permettra de composer la tristesse que j’éprouve de ne jamais avoir pu jouer à Afrika, jeu de safari photo qui n'est jamais sorti sous nos latitude. Ce n'est pas que je sois amateur d’animaux mais je suis amateur de jeu curieux et de photographie et un jeu de photographie animalière et avant tout un jeu de photographie.

 

Passé l'introduction un peu brouillonne - je parle de celle de l’article parce que l'introduction de Tokyo Jungle est sans intérêt - rendons-nous dans le cœur de ce titre très singulier. Oui, ce titre est singulier … il nous propose de jouer un animal dans un Tokyo postapocalyptique déserté par les hommes. Le jeu, au travers des disquettes à découvrir dans la ville, cherche à nous dévoiler une ébauche de scénario pour bien nous faire comprendre pourquoi l’humain à disparu mais soyons sérieux : on s’en fout. Si nous jouons à Tokyo Jungle c'est pour jouer un chien, un chat, un cochon ou une biche et pas pour enquêter sur la fin de l’humanité.

 

Ce que propose le jeu est très simple. On incarne un animal dont le but est de survivre. Pour cela il doit manger, marquer son territoire, le défendre puis se reproduire et ainsi de suite. Rien de plus, enfin si, parfois il faudra fuir devant un animal plus fort.

 

Voilà.

C’est tout.

C’est simple n’est ce pas ?

Et même simpliste.

 

Mais Tokyo Jungle reste un jeu, avec ses animaux rendus à la vie sauvage, donc sous ses aires de jeu naturaliste, Tokyo Jungle est un bon vieux jeu vidéo à l'ancienne. Je veux dire un jeu de scoring dans lequel on marque des points en survivant le plus longtemps possible, en mangeant beaucoup d'animaux plus faible que soit et bien sûr en tuant ceux que l'on ne mange pas. Malgré l’aspect simpliste le jeu est totalement addictif.

 

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En plus Tokyo Jungle est assez ambiguë ce qui donne au jeu un intérêt supplémentaire. Bien sûr que le jeu prend quelques latitudes avec la réalité ce rend l'expérience de ce jeu plutôt détachée du naturalisme. Dans Tokyo Jungle une bande de lapins affamée peu facilement terrasser une biche adulte et un chihuahua bien entrainé peut tuer un loup où une vache avant d'en faire son repas. La réalité en prend donc un coup dans l'aile.

Il faut ajouter à cette distance avec naturaliste une relative faiblesse graphique qui donne aux animaux un je-ne-sais-quoi d’artificiel. Le jeu permet de récupérer des items qui boostent nos animaux et ils apparaissent in game sous la forme d’accessoires portaient par les animal. Au final on se retrouve facilement avec un chat qui porte une casquette de hip-hop et un bikini ce qui fait bien rire la nature. Mais de l’autre coté Tokyo Jungle possède une forme de cruauté implacable qui semble être calquée sur une logique propre à la nature. Dans ce jeu il n'y a pas de héros à proprement parler, pas de personnage attitré que l'on contrôle durant tout le jeu. Il y a simplement des générations d’animaux vouées à mourir. In game nos « vies » correspond au nombre d’animaux de la porté à laquelle on appartient et pour survivre il faudra souvent sacrifier son frère pour sauver notre peau. Quand je dis qu’il n’y a pas de héros c’est que même si on incarne un sprite on ne peut pas s’identifier à lui, et surtout on sait que le personnage que l'on contrôle n'est là que de passage. Un autre animal d’une autre portée le remplacera et personnellement j'ai trouvé cela très troublant. Je trouve troublant de voir mon gentil Beagle sauter sur un chat et le dévorer. C'est froid, c'est dénué de sans sentiment, c’est la nature, c’est Tokyo Jungle.

 

Mine de rien derrière son gameplay simpliste et son concept basique le jeu possède quelques subtilités étonnantes. Par exemple la modification du climat qui intervient sur la décomposition des cadavres que l'on ne peut plus manger si ils pourrissent ou sur la rareté des proies. Mais ce que j’ai trouvé de plus intéressant c’est le principe de la reproduction. Et je ne dis pas ça parce que Tokyo Jungle est le premier jeu où l’on peut sentir le cul d’une chienne en chaleur avant de la prendre en levrette. Non, ce que je trouve intéressant c’est la façon d’impliquer la sélection naturelle et la génétique. Avant de se reproduire il faut d'abord marquer son territoire. A partir de là des femelles en chaleur viennent rôder sur vos terres. Il existe trois type de femelles : les femelles désespérées, celles qui laisseront le premier sac à puce venu s’accoupler avec elle, les femelles ordinaires qui sont un peu plus regardantes sur votre rang - que vous obtenez en chassant / mangeant - même si au fond elles ne le mérite pas et les femelles de premier choix. Les expressions en gras reprennent les termes du jeu, et cela aurait pu s'arrêter là. Mais si vous copulez avec une femelle désespérée votre progéniture s’en ressentira elle m’obtiendra aucune amélioration et souvent la portée sera limitée à un ou deux petits. Par contre si vous arrivez à vous accoupler avec une femelle de premier choix la portée sera plus nombreuse et la lignée obtiendra des améliorations statistiques. Et c'est là où ça devient très intéressant je trouve. L’évolution de votre lignée est enregistrée. Quand on commence une nouvelle partie avec une race qui a déjà eu plusieurs générations on joue les statistiques acquises par les différentes évolutions. Alors même si ce système prône un élitisme physiologique qui pourrait flirter avec une forme d’eugénisme discret et que la dénomination des rangs des femelles pourrait éveiller au féminisme le plus endurcie des machistes je trouve que cette façon d’intégrer l’évolution sous un jour naturaliste enrichi l’expérience de jeu.

 

Il reste ensuite à survivre et faire perdurer votre lignée. Il faut explorer Tokyo qui n’est pas sans ressembler le New York rendu à la vie sauvage de Je suis une légende. L'exploration est nécessaire pour étendre son territoire, pour traquer de nouvelles proies quand un territoire est déserté et découvrir des cadeaux pour affubler votre espèce d’attributs ridicules. C'est ainsi que l'on remplit des objectifs pour obtenir des améliorations et débloquer de nouvelles espèce. Le jeu est moche, la musique inutile, le gameplay simpliste mais Tokyo Jungle possède une indéniable force d’attraction. Aussi addictif qu’un puzzle game par son coté scoring et par son action répétitive, aussi violant qu’un jeu d’action avec ses phases de chasses très hack eat’n slash quand on incarne un carnivore - bien qu’arriver avec une gazelle juste derrière un chat et lui décocher une ruade qui envoie valdinguer le dit minou hors de l’écran a quelque chose de jubilatoire - aussi énigmatique que pourrait l’être un jeu qui permet d’incarner un animal qui doit survivre dans un monde où les hippopotames vivent sur le toit des immeubles Tokyo Jungle est un jeu à essayer. L’aimer ou le détester je laisse votre libre arbitre en décider. Il va de soi que la radicalité animalière de ce jeu est calibré pour le marché japonais et je me doute bien que les chances que le jeu trouve chez nous un large public sont minces ; auraient-elles été plus grande avec un Paris Jungle ou une extension DLC Poitier Jungle ? Rien n'est moins sûr 

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