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Mémoire de joueur

Blog = Butin de vide-grenier + Critiques jeux vidéo & films

Mémoire de joueur

Tron Evolution, ceci n'est pas une révolution

Depuis que j'ai revu Tron : l'héritage à la télévision je suis tenté, et pourquoi ne pas dire hanté, par l'idée de jouer à sa version jeu vidéo sortie consoles next-gen. La semaine dernière, jour de soldes, je passe chez Game - sans savoir que c'était la dernière fois que je passerai par là - et je trouve Tron Evolution à 6 euros, prix idéal pour un achat motivé avant tout par de la curiosité intellectuel presque malsaine plutôt que par la réputation du jeu qui est, avouons le, très modeste.

 

Tron Evolution, une adaptation d’un film d’adaptation

 

Ce qui attisait ma curiosité avec une étonnante véhémence c'est que Tron Evolution est l'adaptation d'un film contemporain qui est lui-même est une retranscription d'un film semi expérimental des années 80 développant lui-même une vision futuriste de ce qu'aurai pu être le jeu vidéo. Tron Evolution est donc un jeu vidéo adapté d(un film inspiré d'un - vieux - film sur les jeux vidéo et à ce titre cela fait de lui un objet hautement singulier.

 

Il est le chaînon manquant d'une évolution - comme l’indique le titre du jeu - qui en réalité n'a jamais eu lieu et qui n'aura pas lieu. Tron Evolution est le fils bâtard né de l’accouplement contre nature d'une vision éculée du jeu vidéo et d'un fantasme vidéo ludique qui a été rattrapé, dépassé puis abolit : celui de la réalité virtuelle. Il est aussi le fils bâtard du futur - le monde imaginaire de Tron - et de la réalité - celle dans laquelle nous vivons -. Il faut se rappeler qu'en 82 Tron est un OVNI cinématographique saturé d’effets spéciaux numériques et traversé par des intuitions géniales sur le plan esthétique et scénaristique ; il est la matrice idéologique de Matrix.

 

Tron-Evolution-Tank_04.jpg

 

Tron Evolution où l’utopie écroulée

 

Tron, c’est aussi, et sûrement surtout, une utopie vidéoludique qui sera opérante pendant une vingtaine d'années. Celle de la réalité virtuelle, l’idée folle d’intégrer le joueur dans le jeu, une vision de l'immersion totale du corps du joueur au cœur du jeu. C’était une vision, une ambition, une façon d’envisager le futur quand on était dans le passé et cette utopie avait trouvé avec Tron son fer de lance. Malheureusement, elle déclinera petit à petit avant de s'écrouler et se faire supplanter par une nouvelle utopie vidéoludique celle de l'ultra-réalisme. La disgrâce de cette utopie aujourd’hui éculée à plongé Tron dans une relative indifférence. Quand les studios Disney ressortent la licence, en 2011, l'utopie est morte. Tron : l'héritage n'est rien qu'un clip un peu arty qui n’essaie pas à réanimer l’idéologie de son ancêtre, seulement à relancer une licence pour vendre des jouets et des animés. Pourtant, Tron Evolution de part sa nature intrinsèque d'objet vidéoludique et du fait qu'il soit porteur de l'ADN de Tron pourrait, pouvait, prétendre être l'héritier légitime du trône de Tron. N’est-il pas un jeu vidéo du futur ? Voilà tout ce que j’avais en tête la première fois que j’ai joué à Tron Evolution, pour moi il était l'héritier déchut du trône d'une contrée oubliée qui avait par le passé faite rêver les foules adolescentes dont j’avais fait parti.

 

Quoi que j’en dise Tron Evolution c’est quand même un jeu vidéo

 

Tout cela mis de côté, il reste un jeu. Un jeu honnête, parfois étonnant, un jeu épuré porté par son ambiance plus que par son gameplay et qui a le mérite de proposer un scénario original se déroulant quelque part entre Tron et Tron l'héritage. Jouer à Tron Evolution c'est un petit peu comme revenir en arrière pour faire un chemin dont on sait que ce n’est pas le bon.

 

Manette en main c’est un jeu de plate-forme à la Prince of Persia c'est à dire que l'on court, on saute, on grimpe, on court sur les murs, on re saute, on court encore, on saute toujours, on grimpe plus haut pour encore courir sur les murs. Un jeu de plate-forme façon parkour futuriste - enfin je dis futuriste mais je reviendrais sur le concept de futur à l’oeuvre dans Tron parce qu’il n’est pas évident -. Les phases de plate-forme sont entrecoupées par des phases de combat style beat them all plutôt simplistes. Il faut dire que notre personnage manque cruellement de variété dans ses coups malgré ses quatre disques aux effets différents. Mais si on calibre bien la difficulté du jeu, on peut arriver à des combats qui, même s’ils sont répétitifs, offriront un certain challenge et donc une dramatique intéressante. Fondamentalement ni la plate-forme ni le combat ne sont mauvais. C'est propre, simple, aucunement original mais efficace.

 

Et puis ne soyons pas pingre il y a aussi de belles idées de gameplay dans Tron Evolution et souvent dans son rapport à l’espace. Notamment la manière de courir sur certains murs pour recharger sa vie et puis de la nécessité de prendre appuis sur certains éléments pour remplir son énergie ; ces deux notions de gameplay profitent autant qu’elles incitent à utiliser l’espace de façon acrobatique créant presque artificiellement une chorégraphie de la lutte. Encore une fois cette dimension chorégraphique est réellement active que dans les hauts niveaux de difficulté autrement les combats se règles trop facilement.

 

Tron Evolution un jeu peut-être mais surtout une ambiance

 

Avant d’aller plus loin il faut parler de l’ambiance de Tron, parce que Tron Evolution est un jeu qui repose sur l’ambiance qu’il installe et qui le traverse. Le monde de Tron, La Grille - curieusement traduite par Le Damier dans le jeu; j'ai dis curieusement ? je voulais dire honteusement - est une représentation « incarnée » d’un système informatique ; univers noir, froid, glaciale, sombre, nécessairement technoïde, épuré et oppressant et foncièrement impersonnel. Il ne faut pas oublier non plus que, comme dans Terminator, il est question d’un conflit entre humains et machines donnant lieu à une lutte de pouvoir aux relents fascistes. Cela donne à une esthétique remarquable, typique de son époque, un futurisme devenu désuet où le monde est noir, rempli de couleurs fluo, de musiques aux nappes synthétiques et d’une architecture à la fois épurée et rigoriste. Tron le film, le jeu et encore le film basent leurs esthétiques sur cette ascèse donnant naissance à un visuel radical, immédiatement identifiable au sein du quel il est agréable de se déplacer.

 

Il aurait été impensable que le jeu vidéo ne reprenne pas les codes de cet univers. Et il le fait, très bien, il le fait même mieux que Tron l’héritage qui dévoie l’esthétique initiale de la Grille au travers d’une réinterprétation façon D&CO made in Ikea. En bon jeu de plate-forme Tron Evolution met le joueur au contact du monde, de son architecture et de son level design. Moi, j’aime. C’est la meilleure façon d’appréhender un monde que de le parcourir ; c’est froid, c’est bleuté, c’est noir, c’est vide, c’est rectiligne, mais ce n’est pas droit, vertical, horizontal, c’est concept, conceptuel, certains diront que c’est con, mais ce sont eux les cons. Tron Evolution est un interstice qui permet au joueur d’entrer dans la coulisse, coulisses du système informatique, coulisses du film Tron l’héritage, coulisse d’un futur qui n’aura pas lieu. Jouer à Tron Evolution c’est évoluer dans l’arrière cour du jeu vidéo ; logique que tout ceci soit vide et résonne d’une musique techno synthétique qui à des accents mécaniques comme si tout l’univers était baigné par le son d’une immense machinerie parce que nous sommes dans le ventre d’un jeu, en plein dans la machinerie.

 

tron-evolution-playstation-3-olivia-wilde.jpg

 

Difficile de dire si le jeu est beau ou s’il est moche. Il est cohérent et respectueux d’une esthétique, il tient son parti pris jusqu’au bout. Moi j’aime cela, de la fidélité dans la radicalité. L’expérience Tron Evolution, plus lente et plus longue permet de mieux s’imprégner de l’ambiance que via le film. Le level design en couloir est sinueux dessinant au sein de la Grille un espace complexe à la géométrie angulaire presque kafkaïenne. On peut avoir une interprétation de ce level design comme la volonté de singer l’apparente complexité de l’architecture interne de nos ordinateurs ; c’est beau.

 

Beau comme la manière que le jeu a de nommer les lieux à la manière d’un RPG. A chaque fois que le héros arrive dans un nouveau secteur, un petit encart affiche le non du secteur comme si cela avait de l’importance, comme s’il fallait se souvenir de notre chemin, comme si nous allions revenir, comme si nous avions eu le choix du parcourt, comme si le ventre du système informatique possédé des lieux, des places, des endroits qui auraient une existence propre. C’est beau comme de la poésie.

 

Tron Evolution, un jeu porté par une véritable puissance poétique désuète

 

J’ai souvent lu que l’on reprochait à ce titre d’être une pâle copie des principes de Prince of Persia réchauffé à la sauce hight tech mais est-ce vraiment une critique ? C’est une vérité, mais derrière cette vérité, il y a un gameplay qui fonctionne dans un univers qui me fascine. Ce gameplay là est aussi le outil idéal pour immerger le joueur dans cet univers. Un jeu minimaliste avec un univers lancinant et oppressant, c’est réussi, cela fonctionne, j’ai joué et je suis entré dans la Grille, ça serai con après ça dire que ce jeu est mauvais juste parce qu’il n’est pas original.

 

Il est vrai que pour les joueurs d’aujourd’hui le futur est un lieu qui ressemble à la réalité, un réel rempli d’aliens, un futur réaliste et figuratif, social et séduisant. Mais moi, je suis vieux, j’ai grandi avec les dessins animés des années 80 comme Albator, Capitaine Flam ou encore Ulysse 31 ; tous des dessins animés qui à leur façon posaient eux aussi les bases esthétiques de ce futur à l’oeuvre dans Tron. C’est un futur totalement imprégné des années 80 qui agit sur moi comme une madeleine de Proust. Je me sens bien dans Tron Evolution comme je me sens bien dans El Shaddai un autre univers de science fiction imprégné de nostalgie. D’ailleurs ces deux titres partagent, outre l’aspect old school de leur SF, une façon de miser tout le gameplay sur le déplacement et d’en faire l’unique médium de cette géographie imaginaire.

 

Non, non je n’ai pas fini, je peux encore parler de Tron Evolution un jeu ni mauvais ni bon

 

Finalement, on peut dire que les qualités du jeu font aussi ses défauts et inversement. Donc c’est nécessairement un jeu bancal, mais c’est aussi cela qui fait son charme. Au rang des défauts/qualités il y a le fait que le jeu est impersonnel, surtout son héros, on incarne un Programme de Sécurité, anonyme et impersonnel, personnage qui ne dira jamais un mot et dont on ne voit jamais le visage, c’est une version low cost et aseptisée de Isaac dans Dead Space. Cet aspect générique du héros peu être appréhender comme une défaut, en même temps le concept de Tron, celui d’un personnage réel - un joueur - cherchant à évoluer dans un jeu vidéo hostile - La Grille - peut-être vu comme une métaphore de tous les jeux vidéo et de tous les joueurs et dans l’optique d’un regard métaphorique la nature générique devient une qualité, le héros - un programme - est comme une page vierge adaptable à tous jeux. L’idée d’un personnage sans visage, sans nom, héros privé d’identité, renforce aussi l’ambiance oppressante du jeu et l’idéologie fascisante qui le traverse. Même si le film Tron l’héritage l’aborde l'extermination totale des Iso - peuple natif de la Grille -, cet événement évidement fasciste se trouve au coeur du scénario du jeu. On ne le réalise pas nécessairement, mais l’univers de Tron est plus sombre encore que ce que son visuel représente et c’est une force donc une qualité. Mais comme les qualités sont aussi les défauts, il faut avouer qu’à côté de cela la narration du jeu est vraiment très médiocre dans le jeu ; qualité et défaut encore et toujours.

 

S’il y a peut-être une vraie déception dans ce Tron Evolution c’est la très mauvaise utilisation du Light Cycle véhicule pourtant au combien emblématique. La moto à la fameuse traîne lumineuse intervient maladroitement durant des phases de courses à peu près aussi ennuyeuses et mal ne branlées que le niveau en moto de Bayonetta - le coté fantasme de biker en moins -. C’est un drame, en tout cas cela devrait être un drame de sous exploiter de façon aussi éhontée ce qui aurait dû être le fer de lance d’un jeu. Sauf qu’il y a un mais, une pirouette qui permet au jeu de s’en tirer avec les honneurs et d’éviter les haros de la foule : c’est le mode multi. Sincèrement je ne croyais pas au mode multi, je veux dire je ne croyais pas que je pourrais rejoindre une partie. C’est un jeu mineur, vieux d’un an, avec une réputation de demi-merde, je doutais vraiment qu’il y ai du monde en ligne. La première fois que j’ai lancé le multi il était minuit, j’étais certain de ne trouver personne. Et là surprise, je trouve facilement des parties, plusieurs joueurs connectés ; bref la surprise. Le multi permet d’affronter d’autres joueurs soit au corps-à-corps ou bien sur son light cycle. Quel plaisir que de venir couper la route de son adversaire et le voir d'exploser sur notre traîne lumineuse. Bien entendu ce n’est pas le multi du siècle, mais c’est fun et ça met en valeur le light cycle, je n’en demandais pas plus pour apprécier.

 

Et pour en finir avec Tron Evolution

 

C’est sûr que je ne m’attendais pas à aimer Tron Evolution plus que de raison. Je ne m’attendais pas non plus à le faire avec plaisir ; le jeu est court, mais toujours plus long que les films, le plaisir est long, toujours plus que dans les films. C’est un jeu esthétique et lent qui laisse l’ambiance s’installer sans esbroufe, elle entre en soi comme le froid pénètre nos corps insidieusement durant l’hiver. Ce n’est clairement pas le jeu de l’année, même pas le jeu de l’année 2011 mais riche de son passé et riche d’un présent synthétique fidèle et honnête à son héritage mais Tron Evolution est bien le jeu que j’attendais. Un jeu concept, un fossile survivant dans le temps présent, une relique riche de sa nostalgie et de quelques passages réellement réussis.

 

tron-legacy-light-cycle.jpg

 

Je pense notamment à cette scène qui se déroule dans un lieu appelé le cinéma ; on y combat quelques ennemis, on y active quelques interrupteurs et soudain le sol, les murs, tout disparaît et se dissout dans la Grille pendant que l’on essai de s’enfuir. La puissance de ce passage tient surtout à sa valeur symbolique, le cinéma entrain de se dissoudre dans le jeu vidéo et le joueur qui essai de s'extirper de ce drame. Toute ressemblance avec une réalité est purement fortuite …

 

Je ne vais pas vous conseiller de jouer à ce jeu, je me contente de vous dire comme ce jeu est un symbole fort. Un jeu vidéo qui adapte la vie d’un personnage à l’intérieur d’un jeu vidéo qui lui est hostile. Je suis sûr que l’on sous-estime bien trop la puissance fictionnelle de Tron. Le jeu lui-même minore cette force qui le travers, mais je vous le dis, ce jeu est l’héritier d’un concept extra-ordinaire. Le jeu vidéo dans son ensemble comme masse culturelle protéiforme devrait reconnaître ce qu’il doit à Tron. C’est pour cela que je voulais posséder ce jeu, pour montrer mon respect.

 

C'est pour ces raisons, filiation conceptuelle et chronologique avec une utopie passée de l'avant-garde aux oubliettes, que je voulais posséder ce jeu. Rien que cela suffit à mon plaisir, posséder une sorte de preuve, un reliquat, d'une épopée oubliée et désuète mais finalement toujours active. Je n’aurai jamais cru écrire un si long article sur un tel jeu. Merci à toi si tu as lu jusque là

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more here 07/08/2014 14:11

I agree to the fact that watching Tron Legacy has always been tempting. It seemed to be an addiction to people that Tron Legacy became an obsession to people. It was interesting to know about the Tron evolution the story of adaptation of the film.

aquab0n 19/01/2013 09:04


J'ai été aussi étonné que toi sur le multi ! Mais je n'ai fais que celui là pour le moment, les sorties étant nombreuses ces dernières semaine, j'espère bien trouver le temps de commencer le mode
solo, tu me conseilles donc de commencer par le mode de difficulté maximal ? ^^

Mémoire de joueur 19/01/2013 11:41



le jeu est court, je pense moins de 6 heures et y'a pas mal de plateforme donc la difficuleté n'importe pas sur ces passages, donc soit tu veux vite le boucler pour aller au bout et tu le fais en
facile normal soit tu veux avoir des combats un peu rythmé et tu le fait en difficile ^^


C'est quand même un comble qu'il y ai plus de joueur sur le multi de tron que que celui de Clash of heros