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Mémoire de joueur

Blog = Butin de vide-grenier + Critiques jeux vidéo & films

Mémoire de joueur

[Réfléchir] Un futur privé de ça représentation

Le futur est une denrée périssable et en plus il se périme bien plus vite que l’on voudrait le croire. A peine a t on le temps de souffler une poignée de bougies que notre futur est devenu obsolète. C’est que l’on a facilement tendance à s’y accrocher à notre futur, on grandit avec lui, avec l’idée que l’on se fait de lui, on s’y voit faire nos premiers pas d’homme du futur, on l’apprivoise et puis on y projette nos fantasmes et nos peurs et on ne se rend pas compte que le temps file et qu’il a rattrapé ce qui devait être notre futur - fantastique, fantasmatique et festoyant - et le temps de réaliser cela il est trop tard, notre futur merveilleux est bel et bien mort, il est devenu un présent médiocre et finalement très banal.

 

Je ne parle pas du futur en tant que notion de  l’avenir ; il est bien évident que le futur restera toujours ce qu’il y a au-delà du présent mais plutôt du futur en tant que concept, un ensemble de concepts théoriques et culturels ébauchant une - en réalité plusieurs - visions d’un futur. C’est ce futur là, qui peut d’un coté nous sembler immuable, qui devient rapidement désuet nous laissant tout d’un coup sur le bas coté de la course du temps.  Parce que le temps qu’il nous aura fallu pour nous approprier une vision du futur à un temps T nous ne le passons pas à défricher les codes nouveaux d’un futur mouvant. Mais avant d’être totalement hermétique et de divaguer dans le vide je vais essayer de prendre un exemple avec le cas de Tron.

 

En son temps, c'est-à-dire il y a une trentaine d’années, Tron film OVNI à mi chemin entre la gentille fable futuriste et le film expérimental, actait une vision du futur des jeux vidéo. Avec sa technique innovante et son esthétique radicale Tron posait les jalons de ce que pourrait être le futur du jeu vidéo - ou le jeu vidéo du futur peut-être -. Pour faire simple : sur le principe Tron mettait en scène une réalité virtuelle totale et englobante qui immergeait le joueur et sur la forme Tron dessinait le jeu vidéo du futur avec une esthétique fluo et lumineuse s’appuyant sur une forme d’abstraction géométrique que l’on pourrait autant connecter au mouvement artistique de l’art abstrait du début du XXème siècle, notamment le futurisme et son traitement du mouvement, qu’à ce que l’on appelait la 3D bâton, permettant de représenter les formes en trois dimensions dans certains jeux vidéo primitifs. Et si ce parti pris était très radical pour l’époque il était aussi - crédible - au sens où le destin du jeu vidéo n’était pas encore écrit.

 

Et si Tron qui a été un échec au cinéma a réussi à fédérer autour de lui un vrai public de fans et de passionnés de plus en plus important au fil des années - public que nous pouvons archétyper comme un public de geek même si le terme n’existait pas encore - c’est justement parce que Tron a su s’approprier ce média nouveau jeu vidéo et en proposer une vision séduisante dans un futur pas si lointain. C’était une vision du futur qui était opérante. Et je crois que les idées présentes dans Tron ont fécondé une génération entière de joueurs qui se sont mis à imaginer des jeux en réalité virtuelle - on pourrait me répondre qu’au contraire Tron n’a pas fécondé l’imaginaire des joueurs mais qu’il a fédéré autour de lui des personnes partageant déjà ce même imaginaire mais je ne le crois pas -. Et petit à petit l’idée que le joueur puisse se retrouver totalement immergé dans son jeu est devenue une sorte de norme de ce que devrait être le futur du jeu vidéo. Rentrer dans le jeu c’était pour nous - anciens joueurs - une forme de Graal, l’aboutissement de la logique vidéo ludique et nous rêvions de casque de réalité virtuelle. Mais voilà tout cela c’était dans les années 80 et cette conception des jeux vidéos - du futur - a perduré jusque dans les années 90. Et puis comme pour tout, l’époque a changé, les normes ont évolué, la technologie aussi et le futur avec. Pourtant Tron est resté un film culte. Mais la sortie récente de sa suite, le tristement mal nommé Tron : L’héritage nous montre à quel point notre futur - le futur des années 80/90 - est mort.

 tron.jpg

 

Quel héritage propose cette suite de Tron ? Et bien aucun, niet, nada, zéro, il n’y a pas plus d’héritage dans ce nouveau volet de Tron que de hérissons dans Super Mario Bros. Tron : l’héritage n’est qu’une suite qui reprend les mêmes codes, les mêmes décors, les mêmes personnages - peu ou prou - et rejoue sur un scénario famélique la fable d’un fils et de son père avec une 3D du moment. Si il y avait bien un héritage à assumer c’était la vocation du premier volet de proposer une vision du futur des jeux vidéo. Mais cet épisode qui reprend point par point -esthétique fluo, musique électro, logique visuelle binaire et abstraction géométrique - les mêmes codes que son ancêtre n’apporte rien à part le fait de nous rappeler à quel point cette vision est éculée. Il y a une scène qui me semble symptomatique de cela dans le film ; le jeune héros accède à la Lightcycle originel qu'on lui présente comme la plus rapide de toute. On s'imagine alors qu'avec cet avatar supuissant il va pouvoir y avoir une scène d'action où la moto lumineuse permettra de vaincre ou d'avance. Mais rien de tout cela se passe. Le héros prends la moto, arrive en ville et là il donne l'engin à un programme/passant inconnu et s'en sert de leurre. C'est exactement ce que fait ce nouvel opus avec l'ancienne version, il utilise le Tron original comme un leurre pour attirer des clients/spectateurs et méprise la valeur de l'original - et donc la sous exploite -.

 

Depuis l’époque de Tron et de sa Grille nous avons connu Matrix, le jeu en ligne massivement multi-joueurs, les univers persistants, Internet et en plus une technologie qui permet aux machines de jeux vidéo de reproduire le réel. Et c’est peut-être en cela que nous nous éloignons le plus de Tron. Dans les années 80 aucune machine de jeu ne pouvait espérer proposer un graphisme qui puisse retranscrire le réel et de fait Tron a creusé son esthétique du coté de l’abstraction. Mais aujourd’hui la logique vidéo ludique dominante semble singer le réel, le représenter avec un souci de perfection tant dans les textures de ce réel que dans la lumière qui le révèle. Et je crois qu’en un sens Matrix a su saisir ce changement puisque la matrice de Matrix - l’équivalant de la Grille de Tron - c’est le monde réel, la matrice sert à reconstituer la réalité telle que nous la connaissons, notre mètre étalon est devenu le réel ; la beauté d’un jeu est souvent jaugée à travers de sa ressemblance ou à défaut pour le monde fantastique pour la vraisemblance qu’il a vis-à-vis de la réalité.

 

 

Et je crois aussi que ce qui a changé de façon très importante c’est la logique d’immersion du joueur dans le jeu induite par le principe de réalité virtuelle qui coupait le joueur du monde réel pour le projeter de façon unilatérale  dans un monde vidéo ludique. Aujourd’hui cette logique a été inversée, le futur se trouve du coté de la réalité augmentée et de la 3D. Ces - nouveaux - principes vidéo ludiques amènent le jeu à faire intrusion dans l’univers quotidien du joueur. Je me permets de dire que cette fameuse 3D, devenue le nouveau Graal des joueurs, est l’opposé de la réalité virtuelle ; avec 3D le jeu rejoint le joueur dans le réel alors que la réalité virtuelle coupait le joueur du reste du monde.

 

Quand je me suis retrouvé devant Tron : L’héritage j’ai réalisé à quel point mon futur avait fait son temps. Je me suis retrouvé orphelin de futur, aujourd’hui c’est quoi le futur, c’est où le futur, c’est qui, c’est comment ? Quels sont les livres, les jeux, les films qui posent les jalons de ce nouveau futur, de quel côté dois je tourner la tête pour entrevoir un avenir qui se dessine sur le long terme ?  Parce là aujourd’hui j’éprouve une réelle nostalgie. Je ne suis pas nostalgique de Tron ou de l’abstraction géométrique dans certains jeux. Non je suis nostalgique d’une époque où le cinéma - et des scénaristes - étaient capables de me proposer une vision du futur. Aujourd’hui je n’ai pas la sensation que la science fiction joue son rôle, celui de plonger les mains dans la glaise des futurs pour créer des visions de l’avenir. La science fiction semble s’être endormie sur les lauriers de son passé glorieux nous laissant seuls.

 Tron_Legacy.jpg

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http://www.medicalbillingprocessor.com 22/07/2014 14:39

The future regarding this is very challenging and thanks for a fantastic review of this game. Super Mario has been my favorite game and I have been playing it for years. The excitement and the entertainment that these offer are awesome.