Bonjour le boniment du Monde Fantastique d'Oz

Publié le 19 Mars 2013

Je vais commencer mon voyage au monde du cinéma bon marché - le printemps du cinéma et ses 3€50 la place - par Le Monde Fantastique d’Oz curieusement auréolé de critiques assez bonnes et d’un prétendu plaisir au visionnage ; c’est exactement comme cela que j’étais allé voir le très décevant Hobbit de Peter Jackson, il me fallait bien avoir un peu de méfiance et la promesse d’un prix réduit pour me tirer dans cette salle obscure avec mes lunettes 3D.

 

Le film, que je vais appeler Oz parce que Le Monde Fantastique d’Oz cela fait un peu long et que ça sonne moins intime, est un film que je scinderai volontiers en trois parties ; une introduction merveilleuse, un développement paresseux et une conclusion jubilatoire qui emporte et efface le sentiment d’un ennui sous jacent que le développement mou était sur le point de faire naître en moi avant que pétille la conclusion sous mes yeux chaussés des lunettes disgracieuse.

 

Le film part sur les chapeaux de roues sur une route secondaire, un genre chemin de traverse là où l’on n’attend pas le film, une route de campagne, je veux dire la route d’une campagne américaine au début du XXe siècle qui traverse le Kansas avec un cirque ambulant. Format 4 / 3 et noir & blanc de rigueur pour cette introduction qui pose le personnage d’Oz comme un magicien mité et menteur faisant l’apologie du factice, de l’esbroufe et de l’artificiel. La scène se passe dans les balbutiements du cinéma quand celui-ci se faisait spectacle de foire, un cinéma forain qui fleure bon la magie, cinéma fait d’invention, d’épate et de bric et de broc pour impressionner le public. Durant cette introduction tout est dit, tout est posé là, dès les premières minutes du film dans un endroit bien loin du monde d’Oz Sam Raimi dit ce que sera son film. Et le tour de force, et son plaisir adjacent, tient en partie dans cette promesse qui n’est jamais démentie par le film. Sam Raimi adopte ce parti pris de ne pas cacher ses effets, le faux ou la fausseté du jeu des acteurs, il se fait bonimenteur et nous fait la promesse de nous emporter loin malgré l’aspect factice du dispositif. Il y a de l’audace dans cette posture. Alors dans cette optique, l’utilisation de la 3D est normale, presque naturelle, elle est en tout cas réussie. Techniquement elle n’est pas nécessairement mieux réussie que dans d’autres films usant de ce procédé, mais ici elle est à sa place et cela fait toute la différence.

 

Jusqu’à ce qu’Oz arrive dans la Cité d’Émeraude, le film est un pur ravissement, merveilleux, drôle, léger, coloré et diablement inventif et audacieux. Soyons fous, faisons durer cette première partie jusqu’au moment où Oz rencontre la poupée de porcelaine, c'est-à-dire un peu après son passage à la Cité d’Émeraude, on est encore dans un émerveillement relatif au dévoilement des personnages et à l’exploration modeste - à la dimension et à l’échelle d’Oz, c'est-à-dire à pied -. C’est après ce point de passage que le film s’endort un petit peu, il s’enlise dans sa propre facticité ; toujours plus de couleur, toujours plus d’effet en 3D, d’envole au dessus du pays d’Oz, de magie et de personnages qui glosent leurs propres caricatures. Bien sûr, cela fait partie du contrat implicite que le spectateur signe avec Sam Raimi dès l’introduction du film, mais justement on regrette, je trouve l’inventivité de cette première partie. Le film ronronne comme le ferait une machinerie bien rodée.

 

ce qu'il y a de bien avec cette affiche c'est que tout est dedans, les personnages, les décors, l'aspect artificiel, les ficelles, les personnages secondaire, les sorcières et même James Franco qui a l'art ces derniers temps de bien s'entourer dans ses films

ce qu'il y a de bien avec cette affiche c'est que tout est dedans, les personnages, les décors, l'aspect artificiel, les ficelles, les personnages secondaire, les sorcières et même James Franco qui a l'art ces derniers temps de bien s'entourer dans ses films

Et cela dure jusqu’à la dernière partie, le final, une apothéose habilement ménagée qui explose sous nos yeux avec la même pétillance que l’on avait aimée au début du film. On retrouve d’ailleurs le même thème, celui le cinéma forain et de sa puissance d’esbroufe sur les foules incrédules, et le film, se montre de nouveau ingénieux et inventif. On perçoit là toute la jubilation que Sam Raimi éprouve à pouvoir rendre hommage au cinéma, à pouvoir jouer avec le cinéma, se jouer du cinéma ; et là il n’est pas question du cinéma comme objet de mise en scène ou comme valeur culturelle mais du cinéma comme l’outil, le réalisateur joue avec la nature mécanique du cinéma, cette ingénierie du cinéma presque artisanal et alors l’aspect parfois risible de la 3D colorée d’Oz trouve un écho avec cette aspect maladroit, mal branlé du cinéma des débuts et Sam Raimi donne vraiment la sensation de jubiler de jouer avec cela et cette jubilation est contagieuse, elle se communique à l’écran, aux acteurs et enfin aux spectateurs. Le film se termine donc sur une apothéose dont on ne sait pas vraiment si c’est celle d’Oz ou si c’est celle de Sam Raimi réalisateur venu au cinéma par la série B la plus grandguignolesque et qui se retrouve aujourd’hui au cœur de l’usine à rêve qu’est Disney sans rien n’avoir perdu de son talent et de sa générosité.

 

Quand on ressort du film, et même pendant que l’on est devant, il est difficile de ne pas comparer Le Monde Fantastique d’Oz et le Alice Au Pays Des Merveilles de Tim Burton ; les deux films adaptes un classique de la littérature « pour enfants », les deux usent de la 3D, les deux font cela sous l’égide de Disney, les deux réalisateurs jouissaient d’une certaine réputation avant de se coller à cet exercice. Pour moi Sam Raimi se sort nettement mieux de cet exercice que Tim Burton qui nous a gratifié d’un Alice dont la froideur, la platitude et la pingrerie émotionnelle relève de la radinerie si ce n’est pas du tarissement d la créativité de Tim Burton. Sam Raimi réussi là où Burton a échoué. Si on peut reprocher aux deux films de miser sur une esthétique de l’artifice et de l’artificiel via l’imagerie numérique, il faut saluer Oz pour la réussite de ses personnages. Sans eux le film ne tiendrait pas la distance, mais ils sont là, galerie de personnages attachants, émouvants, vivants et surtout très bien joués ; mention spéciale à Mila Kunis et Rachel Weisz qui campent les deux méchantes sorcières avec une justesse généreuse adorable. Les personnages secondaires sont, eux aussi, adorables. Ils sont un peu freaks, bancals, drôles et touchants. Une vraie bande d’antihéros, difformes, bizarres, énigmatiques qui interviennent avec parcimonie ce qui donne à leur apparition quelque chose de précieux.

 

Il y a quelque chose de plaisant dans Le Monde Fantastique d’Oz, une forme de plaisir régressif et presque coupable, c’est que ce film est une ode à l’imposture. Les ressorts narratifs du film reposent sur ces impostures, les personnages sont des imposteurs, Oz lui-même se présente comme le plus grand des escrocs, le roi de l’illusion, le maître incontesté des imposteurs - ce qui est en soi aussi une imposture parce que le monde d’Oz a été boulversé par une imposture plus grande encore que celle d’Oz -. Et quand Glinda - la si horriblement belle, blonde et gentille Glinda qui dégage malgré son horripilante perfection un charme troublant - glisse à l’oreille d’Oz qu’elle se fout de savoir qu’il est un imposteur et que l’important c’est que l’imposture continue - certes elle ne dit pas cela avec ces mots mais c’est bien son idée - en tant que spectateur on ressent un frisson de plaisir. En plus il y a une grande et belle irrévérence dans ce geste. J’ai aimé cela.

 

D’ailleurs, ce n’est pas la seule fois où Sam Raimi fait preuve d’impertinence. Je parlais tout à l’heure de l’inévitable comparaison avec le Alice de Tim Burton, Sam Raimi n’est pas dupe il sait qu’il sera comparé. Et je crois qu’il s’en amuse, dans cette optique-là comment ne pas s’amuser du moment où Glinda présente les munchkins à Oz. Ces derniers se mettent à chanter et à danser dans une scène qui n’est pas sans rappeler les danses / chants des Umpa Lumpa de la chocolaterie de Burton. A ce moment là Oz leur intime l’ordre de s’arrêter, n’est-ce pas un pied de nez à tous ceux qui voudront s’amuser à comparer les deux films ? N’est-ce pas une façon de moquer les scories d’un Tim Burton en manque d’inspiration ? les Munchkines sont doués pour les costumes, n’est-ce une charge contre la vacuité superficielle des personnages de Burton ? Et quand Oz traverse un village de porcelaine saccagé faut-il aussi y voir un rapport avec les buveurs de thé de chez Alice ? En même temps il n’est pas idiot de rapprocher Oz d’un film de Tim Burton, mais pas de son Alice, plutôt de Big Fish qui a sa façon faisait lui aussi l’apologie de l’imposture et de l’importance de l’histoire par rapport à la vérité.

Je ne sais pas si l'on peut parler de jolie foisonnance, mais je trouve que le monde de Oz fait preuve parfois de cette jolie foisonnance hautement numérique mais pas dénué d'un charme un peu désuet en lien avec le film précédent

Je ne sais pas si l'on peut parler de jolie foisonnance, mais je trouve que le monde de Oz fait preuve parfois de cette jolie foisonnance hautement numérique mais pas dénué d'un charme un peu désuet en lien avec le film précédent

Je n’ai jamais lu le magicien d’Oz, je n’ai vu qu’une fois enfant le film le magicien d’Oz dont je garde un vague souvenir grotesque, je suis donc assez mal placé pour jauger du Monde Fantastique d’Oz dans la perspective de son adaptation même si je sais que ce n’est pas une adaptation mais une prequel. Mais je peux vous dire quand même que c’est un bon divertissement, généreux, coloré avec des morceaux de jubilation dedans et de vrais morceaux de cinéma. C’est peut-être cela l’important, ce n’est certainement pas un grand film, il ne bouleverse rien du monde, de la créativité ou du cinéma lui-même, mais c’est un film généreux qui même s’il doit entrer dans le cahier des charges du divertissement normée de l’usine Disney ne se dispense pas d’offrir au spectateur du cinéma, de l’humour, des références, des hommages, des acteurs qui jouent, des effets spéciaux, les ficelles peuvent être grosses parfois mais c’est assumé, c’est l’ambition alors laissez vous prendre par la belle imposture de ce film. Sam Raimi joue les bonimenteurs et il suffit de se laisser prendre par ses promesses de grandeurs, d’ailleurs et d’émerveillement pour être transporté.

Bonjour le boniment du Monde Fantastique d'Oz

Note : dorénavant je donnerai une note à la fin de mes articles, non pas pour exprimer la valeur de l'objet critiqué ou du sujet abordé, mais pour noter mon texte. Ici un 3/5 ; la critique est malheureusement plus informative que divertissante, un peu à l’inverse du film qui est avant tout divertissant et dans un second temps « informatif » et créateur de sens. Mais je pensais vraiment pondre une critique plus médiocre, je crois avoir réussi à sublimer un petit peu mon expérience de spectateur ce qui est toujours une fierté. Dans le même temps que j’écris cette critique de ma critique j’ai en tête les critiques de Spring Breakers à venir demain et celle de Cloud Atlas à venir ensuite et ces deux films ayant plus d’ambitions et de fulgurances que Oz ma prose critique sera très certainement plus loquace, plus inspirée et j’ose le dire même plus brillante - surtout pour parler des demoiselles en bikini - cela donc terni un peu mon jugement sur la présente critique. J’ai quand même réussi à rester en dessous des 2000 mots, je crois donc qu’elle reste cependant agréable à lire. Un article honnête, pas extraordinaire mais sincère et je l’espère pour vous informatif.

Mila Kunis et Rachel Weisz forment un duo de sorcière méchante d'une froideur et d'un trouble érotique presque incestueux assez réussi et remarquable et admirable et oui putain elles sont bonnes

Mila Kunis et Rachel Weisz forment un duo de sorcière méchante d'une froideur et d'un trouble érotique presque incestueux assez réussi et remarquable et admirable et oui putain elles sont bonnes

Rédigé par Mémoire de joueur

Publié dans #Critiques - Film, #Actualités, #3-5

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