Je ne voulais pas de Sleeping Dogs, je ne le connaissais pas et je n’avais pas envie de faire sa connaissance ; puis le jeu est sorti et il a été testé par d’autres que moi qui avec un certain sens de la redondance dans la bouche comme dans la plume ont réussi à attiser mon attention. Le temps a passé - à l’échelle de la blogosphère jeu vidéo où, si les choses ne se suivent et ne se succèdent pas au rythme de trois news par jour il y a un problème, du temps qui passe ça vaut bien quelques semaines - et j’ai eu connaissance d’un DLC pour Sleeping Dogs qui parlait de fantômes chinois. Et c’est là que la simple attention attisée est devenue du désir et que Sleeping Dogs est donc devenu pour moi un objet de désir. Avec un certain talent pour la normalité et les liens de cause à effet j’ai fait entrer Sleeping Dogs ma wishlist ; dès lors j’ai guetté le jeu en espérant qu’il sorte du ghetto des jeux à plus de 30 euros. Par chance pour moi, Sony a eu la bonne idée de proposer Sleeping Dogs gratuitement aux abonnés payant du PSN, c’est grâce à cela que j’ai pu télécharger, et donc tester, Sleeping Dogs à moindres frais et enfin le confronter aux envies et aux idées que le temps avait fait germer au-dedans de moi.

 

Il y avait plusieurs choses qui me faisaient envie dans Sleeping Dogs. Avant tout il y avait Hong Kong, ville de tous les fantasmes ; espace hybride entre la ville asiatique et la mégapole occidentale, mais surtout Hong Kong théâtre des films de John Woo et de Wong Kar-Wai qui depuis des années ont établi en moi une géographie fantasmée de ce Hong Kong ville à l’imaginaire violent, suffocant, humide, interlope et écarlate. La perspective de pouvoir explorer Hong Kong comme j’ai pu explorer les films de Western avec Red Dead Redemption m’excitait beaucoup. Les images que j’avais pu voir du jeu étaient prometteuses ; extérieur nuit, routes humides, reflets des néons dans les flaques, j’avais envie d’y être, de traîner dans ces rues, de m’imprégner de l’ambiance, je voulais que le jeu m’exporte son exotisme en pleine gueule.

 

L’introduction du jeu est prometteuse, course-poursuite sur les docks, exploration du marché de couvert la nuit, l’ambiance se posait petit à petit et moi, j’étais presque conquis. Sauf que voilà Sleeping Dogs déçoit son Hong Kong sonne faux, ville en toc, pire que tout cet Hong kong-là a des allures de ville générique ; placez cette ville dans n’importe quel jeu, dites qu’elle est russe, américaine, allemande et l’on pourra vous croire. C’est peut-être là tout le drame de la mondialisation, peut-être que la ville du jeu ressemble à celle de la vraie vie, je ne sais pas, je n’y suis pas allé, mais elle ne ressemble pas à la ville des films, à la ville de mon imaginaire. Tout y est trop lisse et surtout trop vide. Il n’y a pas de vie, l’introduction est une tromperie, la ville interlope ne possède aucun caractère, aucun personnage permettant de lui donner corps.

 

Alors bien sûr si la ville ne se prête pas à l’errance contemplative comme d’autre GTA-like du genre on pourrait se dire que ça permet de se concentrer sur le scénario et que ce n’est pas plus mal. Sauf que ce scénario de flic infiltré en quête de vengeance et de rédemption est ennuyeuse, attendue et déployée avec les tares des mondes ouverts, à savoir un rythme de narration aléatoire à la merci des bons vouloir du joueur et ultra découpé, tellement découpé que l’ambition d’une tension narrative tombe à plat. Et il y a ce souci du doublage, dans les rues, on peut parfois croiser des voix qui vous parlent en chinois, par contre tous les dialogues principaux sont en anglais sous-titrés en français. J’ai bien cherché à mettre la langue en chinois, ou en japonais, bref en asiatique mais je n’ai pas trouvé cette option. Et pour moi qui ne suis pas un âyatollâh de la V.O en temps normal, mais qui trouve que la culture asiatique est faite pour être consommée dans sa langue d’origine, j’ai été très déçu et évidemment ce décalage linguistique renforce l’aspect très générique de cette ville.

 

Ces défauts sont d’autant plus dommageables à ce titre que les qualités sont là, des petites choses intéressantes, un travail bien fait. La maniabilité des véhicules par exemple qui est très propre, pas du tout réaliste, plutôt tendance arcade mais ça permet de mettre en scène de belles poursuites avec les flics. D’ailleurs Sleeping Dogs brille quand il est question d’action, les combats, majoritairement en mode combat de rue, pieds & poings, sont bons. Ils ont à la fois un aspect très old school à la façon des premiers beat’em all en 3D. Moi ils m’ont rappelés les combats de Die Hard Arcade sur Saturn. Mais les combats, surtout quand on se bat à la main, ressemblent beaucoup à ce que l’on peut voir dans les films chinois avec ce héros, seul, encerclé par une tonne d’ennemis qui vont quand même avoir la politesse d’attaquer les uns après les autres. Je trouve que ce rythme lent, l’aspect plutôt répétitif des phases n’est pas sans rappeler les combats du premier Assassin’s Creed - des combats qui font une des qualités de ce jeu -. Comme toujours avec les beat’em all modernes, quand on commence on a trois pauvres coups et on trouve ça très répétitif et puis avec le temps on débloque de nouveau coups et là le jeu devient sympa. Il faudra d’ailleurs un jour que l’on m’explique pourquoi ne pas donner toute la mesure d’un gameplay dès le départ ? En quoi prendre le risque de décevoir le joueur est un avantage ?

 

Sleeping Dogs s’acharne à donner de petites choses sympas au joueur comme le piratage des caméras, le vol acrobatique de fourgons de banques, des combats rugueux, mais même mis bout à bout ces petites qualités ne suffisamment pas à me sortir de la torpeur dans laquelle le jeu me plonge quand j’y joue. Je suis déçu. Peut-être que d’avoir connu l’expérience Ni No Kuni juste avant Sleeping Dogs est un handicape parce qu’avec très peu de chose, Ni No Kuni a réussi à me rappeler qu’un jeu vidéo est capable de renverser un joueur, de l’emporter, de le tenir, de le dépayser, de le séduire, de l’émerveiller, de lui donner plaisir à jouer mais surtout à suivre une aventure. Et en matière d’expérience, même si Sleeping Dogs avait la prétention d’un exotisme, on est dans quelque chose de très fade. J’ai joué six ou huit heures, je ne sais pas si je jouerai beaucoup plus, donc je ne sais pas si cet article est une critique du jeu ou juste une chronique. Tu en penses quoi lecteur ?

Les impressions sont trompeuses à jouer Sleeping Dogs est à peine plus vivant que Just Cause 2
Les impressions sont trompeuses à jouer Sleeping Dogs est à peine plus vivant que Just Cause 2Les impressions sont trompeuses à jouer Sleeping Dogs est à peine plus vivant que Just Cause 2

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