Oblivion commence par un dispositif fragile dans lequel Tom Cruise alias Jack Harper se promène seul dans des paysages dévastée comme si la Terre avait subit une guerre spatiale avec supplément nucléaire. Jack Harper est là pour retrouver puis réparer les drones de surveillance qui couvrent ce territoire abandonné. Ce tout petit Jack Harper perdu au milieu d’une terre désertée et dévastée faire penser à Wall-E. Il travaille en binôme avec Vika, une rousse façon beauté lisse, glacée et un peu vide. Depuis ses écrans de contrôle bien à l'abri dans son nid au-dessus de la surface de la terre, elle guide Jack Harper. Elle l’aide à éviter les Chacals, nom donné aux extraterrestres dont des poches de résistances subsistent sur Terre. Donc le film commence sur ce dispositif, Tom Cruise seul dans des décors dévastés, une planète Terre couverte de sable et de cendres et çà et là l’émergence des ruines de New York. Le spectateur oscille entre l’ennui et une forme émerveillement cynique parce que cette Terre dévastée est magnifique.

 

Petit à petit, à force de lenteur, le spectateur s'habitue à ce dispositif, on y rentre doucement. On apprécie la tension érotique qu'il y a entre les deux seuls humains habitant la Terre quand ils se retrouvent dans le nid high-tech où ils logent. Perchés entre terre et ciel ce logement place l'homme dans une allégorie du purgatoire. Pour le scénario ils se trouvent là - sur Terre et dans ce nid / purgatoire - pour terminer leur mission d'entretien et surveillance des drones pendant que d'énormes machines puisent les ressources de la Terre pour plus tard les rapporter aux hommes ayant quitté la Terre. Jack et Vika eux-aussi pourront rejoindre le reste de l’humanité partie immigrer sur Titan, satellite de Saturne, quand tout cela sera fini. Jusque-là le film à des allures de Je suis une légende, ou pour les plus cinéphiles des allures de Le Survivant. Oblivion travaille ce rapport entre l’homme, sa solitude et la nostalgique qui naît. Nous sommes devant un film presque contemplatif. Cette impression est accentuée par le rôle de Vika qui ne quitte jamais le nid et qui observe avec son regard froid et son respect des lois les agissements de Jack Harper motivés par ses émotions. D'ailleurs, difficile de ne pas voir dans ce duo formé d’une rousse froide et un brun téméraire un clin d’œil à X-Files.

 

Le dispositif est fragile parce que l’on peine à y croire et à s’y laisser prendre. Ce qui a pour effert de transformer les plans contemplatifs, en plans habités par un ennui rampant. Tout simplement parce que le spectateur, s’il est féru de science-fiction, ne se laisse pas berner. Il sait, sent, suppose que tout ce dispositif n’est qu’une mascarade prête à voler en éclats pour dévoiler le cœur du film. Alors quand un vaisseau s’écrase, qu’une survivante rejoint le duo, on est rassuré. On s’imagine que le film va enfin prendre de l’épaisseur, de la hauteur et dévoiler son jeu. La scène qui suit ce crash a des allures de Solaris, creusant le sillon de l’étrangeté et du huis clos psychologique / métaphysique. On se dit que Oblivion prend un tour différent de ce qu’il prétendait au départ et que c'est une bonne chose.

 

À ce moment-là du film, j’étais prêt à pardonner les errements du début et a adhérer à la narration qui s’amorçait enfin en prenant le goût d’une nouvelle de K-Dick sauce Total Recall. Mais là le film dérape, en deux scènes et deux dialogues expédiés à la va-vite le réalisateur dévoile et dénoue ce qui aurait pu être le cœur de l’intrigue avortant ainsi un développement psychologique prometteur. Le film change encore d'allures, il lorgne du côté de Terminator, de WaterWorld, il aligne des scènes qui sentent bon la SF désuète des années soixante, façon Chapeau melon et bottes de cuir ou Le Prisonnier, et cela ne s’arrête pas. Oblivion aligne les références, les hommages, les clins d’œil, les citations. On a la sensation que Joseph Kosinski, jeune réalisateur qui a accouché d’un très moyen Tron : l’Héritage, cherche à s’acheter une crédibilité SF en montrant l’étendue de ses connaissances.

 

Cela donne un résultat déroutant prêtant parfois à rire mais pouvant passer pour une sorte de pacte conceptuel. Je n’ai pas vraiment été étonné en regardant le générique de voir qu’Oblivion est l’adaptation par Joseph Kosinski de la bande dessinée Oblivion dont l’auteur est Joseph Kosinski. Je trouve qu’il y a quelque chose de très enfantin dans cette volonté de cité et de faire référence à ce que l’on a aimé et ce qui a construit notre imaginaire. Mais ce que pouvait, peut-être passer en BD - je ne sais pas, je ne l’ai jamais lu - donne un résultat très maigre au cinéma. On retrouvait déjà cette même impression d'esbroufe dans le Cinquième élément de Luc Besson, un film lui aussi construit autour d'un scénario écrit par Besson quand il avait 15 ans.

 

Devant une personne qui aligne de façon exhaustive et récurrente ses connaissances et ses références, on a enclin à penser au vieil adage qui dit que la culture, c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale. C'est impression est d’autant plus vraie quand on regarde Oblivion parce qu’il manque quelque chose de très important à ce film : ce sont des intentions de cinéma. Vouloir remixer la pop culture SF peut être un projet de film intéressant s’il était porté par un cinéma virtuose comme peut le faire Tarantino quand il recycle le cinéma de série B. Mais Oblivion est totalement dépourvu de cela, de cinéma, de bon cinéma. On se retrouve avec une suite de références aux œuvres de science-fiction, quelques beaux paysages et une mise en scène éculée, abyssale de vide. Du coup l’empilement de citation au lieu de donner du corps au film opère comme un effet comique au point que je me suis parfois cru devant un épisode de Futurama. Et je ne vous parle pas de la fin du film qui est navrante de platitude ni même de la post-fin qui place la barre de la navrance un cran au dessus alors que l’on croyais l’avoir atteinte avec la scène finale.

La dimension esthétique du désastre terrien et l'aspect contemplatif auraient pu faire un bon film s'ils avaient été tenus jusqu'au bout
La dimension esthétique du désastre terrien et l'aspect contemplatif auraient pu faire un bon film s'ils avaient été tenus jusqu'au boutLa dimension esthétique du désastre terrien et l'aspect contemplatif auraient pu faire un bon film s'ils avaient été tenus jusqu'au bout

La dimension esthétique du désastre terrien et l'aspect contemplatif auraient pu faire un bon film s'ils avaient été tenus jusqu'au bout

La seule chose réellement intéressante dans ce film c’est la manière dont les décors réels interviennent comme un élément essentiel de l’impression de science-fiction. J’ai la sensation que le retour aux décors naturels magnifiés par le numérique dans la science-fiction est un mouvement assez intéressant. On retrouve cela dans Oblivion mais aussi des certaines strates de Cloud Atlas, dans Prometheus, dans John Carter, dans le Hobbit, à sa façon Inception et sûrement dans d’autres films qui ne me viennent pas en tête. Dans ces films-là le décor réel intervient comme un pur élément de science-fiction et je trouve ce paradoxe intéressant. Ce ne sont pas les premiers films de SF à être tournés en décor naturel bien entendu mais jusqu’à présent, les décors restaient à leur place de décor, le spectateur pouvait identifier le décor et par dessus les effets spéciaux qui gardaient un aspect factice, artificiel, visible. Dans les films que je viens de citer le décor naturel par l’entremise de la virtuosité technologique apparaît avec une intense étrangeté. La qualité des effets spéciaux permet de rendre méconnaissable la frontière entre réel et virtuel. Je me rappelle qu’à la sortie de Gladiator j’avais eu une discussion animée avec un ami au sujet des plans dans lesquels ont voient une Rome antique en image de synthèse. Même si les images étaient très belles on voyait que ce n’était pas vrai. On se déchirait pour savoir si l’aspect artificiel était une volonté et un élément voulu et intégré par le réalisateur ou si c’était la limite de l’imagerie numérique. C’était l’époque de la nouvelle trilogie Star Wars, de cette opposition entre une imagerie numérique lisse mais sans âme contre le décorum artificiel mais palpable des films de « reconstitution ». La veine Gladiator finalement à abouti à des films comme Avatar ou le Magicien d’Oz qui se passent très bien du réel et offre une expérience du paysage remarquable de virtualité. Mais de l’autre côté se trouvent les films comme Prometheus et donc Oblivion qui s’applique à faire rentrer le réel dans la science-fiction.

 

Quand je regarde les paysages d’introduction de Prometheus, quand je regarde Tom Cruise traverser les vestiges ensablés de New York j’y vois du réel ; je sais très bien que ce n’est pas vrai parce que je me tiens informer des nouvelles du monde et que je sais bien que la Terre n’a pas été dévaster mais dans l’image même du film rien ne me laisse penser que c’est faux. J’aime cette façon de remettre une dimension palpable et organique dans la SF ; mais c’est bien là la seule qualité du film.

 

Je regrette que le film échoue par manque d’ambition, il reste quelques scènes que j’ai énormément aimées, en tout est pour tout cela doit constituer quatre ou cinq minutes sur les deux heures du film, c’est bien peu pour le sauver. On ne peut rien reprocher aux acteurs qui font le job, j’ai plutôt aimé la rousse et Tom Cruise fait du Tom Cruise, mais il le fait bien. Et si je voulais vous sauver je vous dirais d’éviter de perdre de l’argent pour ce film et d’attendre de le pirater ou de le regarder par un biais légal plus ou moins gratuit. J’aurai bien parlé un peu plus des choses qui m’ont atterrée ou énervée, mais je ne veux pas spoiler le film à ceux qui auraient le courage ou l’inconscience d’aller le voir.

Les illustrations de Oblivion le roman graphique de Joseph Kosinski avait un aspect plus sombre que le filmLes illustrations de Oblivion le roman graphique de Joseph Kosinski avait un aspect plus sombre que le filmLes illustrations de Oblivion le roman graphique de Joseph Kosinski avait un aspect plus sombre que le film

Les illustrations de Oblivion le roman graphique de Joseph Kosinski avait un aspect plus sombre que le film

Oblivion ; si Tom Cruise sauve le monde il ne sauve pas le film

Note : le film mériterait bien un 1/5 mais n’oubliez pas que je ne note pas les objets critiqués mais les articles. Or justement je viens d’écrire cet article alors que j’ai de la fièvre et un état d’épuisement avancé ; je suis donc assez fier d’être arrivé au bout. En plus je crois ne pas avoir dit trop de connerie, j’étais parti dans l’idée de glisser encore plus de référence aux films que cite Oblivion mais j’ai un peu arrêter en chemin de peur que ça ne soit pas comprit comme un procédé et puis aussi parce que je commence à être si fatiguer que mes idées s’évapore dans les limbes.

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