Spring Breakers est un film amoral, atypique, apolitique, à poil, atmosphère, abrupte, abstrait, archaïque, artificiel, anodin, alarmiste, artistique, à distance et orphelin. Mais tout cela je ne le savais pas avant de voir ce film. Quand j’ai eu connaissance de ce projet j’ai pris peur ; faire un film autour de quatre nymphettes qui partent en floride pour le spring break ça sentait bon, selon moi, le reportage racoleur façon M6 avec des filles à demie nue, de l’alcool, de la débauche bon marché et au final une morale sauve parce que les nymphes auraient appris les vraies valeurs de la vie. Bref, le parfait navet calibré pour adolescent en mal de sensations fortes et de starlettes. Je redoutais un film qui creuse le sillon de Project X.

 

Par chance le film n’est pas cela.

 

Par chance ce film n’est pas exactement un film.

 

À sa sortie, j’avais été intrigué par les réactions des blogueurs chroniqueurs qui, l’ayant vu, ne parvenaient pas à en dire quoi que ce soit d’intéressant et d’audible. Je ne comprenais pas pourquoi ils restaient si vagues et conservaient cette distance curieuse entre l’amour et le désintérêt. Comme s’ils ne voulaient pas prendre parti, par peur peut-être de se tromper ou s’ils n’assumaient pas d’aimer ou de détester ce film. C’était intrigant, et comme j’ai tendance à aimer ce qui est intrigant et que j’aime me retrouver à contre-courant, l’idée d’aller voir et de l’aimer ce film a commencée à germer en moi. À la suite de quoi les critiques chroniquées par les professionnels ont étayé mon envie avec un simple argument : Harmony Korine. D’abord scénariste au nihilisme désenchanté et chroniqueur acide et cru du délabrement de la jeunesse des classes moyennes américaines pour Larry Clark - pour qui il signe les scénarios de Kids et de Ken Park - il passe ensuite à la réalisation conservant son amour des marges, un nihilisme à la limite du soutenable, et une poésie des marginaux. Son parcours se poursuit avec la toxicomanie, les chemins de traverse avant de revenir au cinéma. Harmony Korine possède le genre de pedigree qui me motive à aller voir un film que je ne comptais pas voir.

 

Il faut reconnaître que les affiches du film sont plutôt trompeuses et en même temps honnêtes ; elles ne racontent rien parce que le film ne raconte rien, elles promettent des filles en bikini et les filles sont en bikini durant tout le film ...
Il faut reconnaître que les affiches du film sont plutôt trompeuses et en même temps honnêtes ; elles ne racontent rien parce que le film ne raconte rien, elles promettent des filles en bikini et les filles sont en bikini durant tout le film ...
Il faut reconnaître que les affiches du film sont plutôt trompeuses et en même temps honnêtes ; elles ne racontent rien parce que le film ne raconte rien, elles promettent des filles en bikini et les filles sont en bikini durant tout le film ...
Il faut reconnaître que les affiches du film sont plutôt trompeuses et en même temps honnêtes ; elles ne racontent rien parce que le film ne raconte rien, elles promettent des filles en bikini et les filles sont en bikini durant tout le film ...

Il faut reconnaître que les affiches du film sont plutôt trompeuses et en même temps honnêtes ; elles ne racontent rien parce que le film ne raconte rien, elles promettent des filles en bikini et les filles sont en bikini durant tout le film ...

Qu’est-ce que Spring Breakers ? C’est l’histoire de quatre poupées bikini bimbo blonde décolorée - sauf pour la brune bimbo bikini et bondieuserie balbutiante - qui pour partir au spring break braquent un fast-food. Une fois en floride elles tombent sous l’influence d’un gangsta rappeur blanc, barré et blindé de fric. Difficile de ne pas spoiler le film en parlant de son scénario tant celui-ci est mince et que pitcher le film revient à le spoiler.

 

Mais Spring Breakers n’est pas exactement un film, pas vraiment une chronique non plus, Spring Breakers est une expérience, un regard, l’expérience d’un regard ; c’est plus exactement une parabole documentaire sur la jeunesse et sur l’époque de cette jeunesse. C’est un geste, un mouvement, c’est une création qui est un hommage et un manque de respect dans le même mouvement. Et puis de toutes façon Spring Breakers n’est pas un film, Spring Breakers est un clip. Pour parler d’une époque Harmony Korine a choisi de faire parler les images de cette époque, son imagerie, la sauvagerie de son imaginaire. Spring Breakers a compris que pour parler d’une époque il fallait parler la langue de sa représentation, c’est donc une virée d’une heure et demie en forme de clip, génération MTV, et si ce film parle la langue des images il parle aussi celle de la musique de l’air du temps ; électro-hip-hop-punk-rock-pop, ce film est culte du mix, du remix, et peut-être à travers cela une forme de célébration de la vacuité d’une époque en peine de se doter de sa propre culture.

 

Spring breakers se dévoile dès le début comme un clip, un trip, une expérience à fleur de peau qui recherche sa distance entre la caméra mouvante qui s’approche au plus près des corps, des visages, caméra qui recherche l’osmose érotique avec le corps avec ces poupées fluo et puis la caméra rigoureuse, froide, fixe et distante qui filme l’architecture des paysages urbains. Un pied, ou pour ainsi dire une main, sur le corps, la chaire, le désir, le charnel, la subjectivité des corps qui cherchent une exultation et un pied dans l’objectivité distante qui à mesure que le film avance se dilue. Il n’y a en réalité aucune vision documentaire dans Spring Breakers, ni sur le spring break ni sur la nature humaine, sauf par le biais de la parabole ; mais la parabole nécessite de prendre ses distances avec le réel, avec l’image du réel et l’imagerie clipesque permet cela. Je n’ai pas souvenir d’un plan qui ne soit pas saturé d’effet ; de l’effet de ralentit aux effets de lumières psychiatriques en passant par la distorsion de l’image et du son aucun moment du film n’échappe à cela ; le réel ne sera jamais convoqué. Il n’y a qu’un seul moment où le film voit le jour, je veux dire où il voit la crudité de la lumière du jour. C’est dans la scène où James Franco alias Alien fait irruption dans la virée des filles. Ce n’est pas sa première scène, mais cette scène-là fait basculer le film vers autre chose encore que ce que le début pouvait laisser imaginer. Et ce soleil de floride qui tombe du ciel sur un James Franco remarquable dans ce rôle déglingué n’est pas sans supposer une allusion biblique.

 

Spring Breakers est donc une dilution en même temps qu’un accouchement du réel par le biais de l’imagerie de vidéoclips. Si c’est vrai pour les effets visuels, cela l’est d’autant plus avec le montage. Harmony Korine a aimé la nouvelle vague et par-delà le montage saccadé, haché, arythmique articulé autour de flashforward directement affilié aux clips de MTV, il y a dans le film de Korine un don pour le remix qui a ce même génie que celui qui a traversé la nouvelle vague en son temps. Le film remix ses scènes, il les rejoue, il remix les dialogue, il les remploie, le film fait jouer les mêmes scènes aux personnages avec ce décalage dans le temps, le film tourne en boucle, le film se nourrit de lui-même jusqu’à une forme d’aporie comme cette génération qui ne voit plus qu’elle-même et qui voit ses rêves s’étioler.

 

Il y a d’abord la scène du braquage presque filmée à rebours - les filles entrent par la sortie et sortent par l’entrée - et de l’extérieur, vue depuis la voiture qui suit les deux braqueuses comme on va au McDrive. La scène relève de la scène de genre, un traveling, des costumes de braqueuse, des gestes de gangsters, nous sommes dans la voiture donc nous n’avons pas le son, du très classique. Et puis plus tard dans le film il y a cette scène où les quatre filles rejouent sur le parking d’une épicerie leur braquage ; les bimbos blondes incendiaires sont en bikini, presque nue, sans accessoires, elles rejouent leur braquage pour de faux, pour de dire, mais avec la violence des mots, pas tant dans le contenu mais dans l’agressivité exacerbée du jeu ; est-ce un jeu ? Les deux scènes se répondent, la classicisme de la forme pour l’une, la fidélité des mots pour l’autre, les deux scènes se remix, remix le réel. C’est une pure jubilation formelle. Harmony Korine construit des scènes pour les déconstruire ensuite. C’est intéressant aussi de savoir que le réalisateur a souvent laissé une part d’improvisation aux actrices dans l’élaboration des dialogues ; ce qui est intéressant c’est justement de voir comment Korine réutilise ses dialogues, les remix, les détournent. Et c’est loin d’être la seule fois où le film se rejoue lui-même, où il réutilise ses dialogues, ou il détourne ses images. C’est d’une grande force, d’une belle créativité et d’une audace que j’aime. Bien sûr, dans la réalisation d’un clip d’une heure trente, il y a du déchet mais il y a de l’or aussi, j’ai particulièrement aimé l’utilisation de l’image numérique - crade, pixélisée, sous-exposée - pour représenter la perte de contact avec le réel.

La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco
La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco
La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco
La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco
La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco

La promesse du film est tenue tout autant qu'elle est trahi, il y a des filles en petite tenue qui font la fête, s'offrent même une virée en scooter façon Nanni Moretti mais le film fini par tourner autour de la figure absurde d'Alien le rappeur incarné par James Franco

Si Spring Breakers brille par la minceur de son scénario, il jubile de son traitement, il parle avec ses formes et d’une certaine manière il sublime la vacuité autant qu’il la questionne. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit, le vide, le vide moral de ses filles, le vide de la vie de ses filles, le vide de leur rêve, le vide de leur évasion, le vide de ce monde, l’impossibilité pour la jeunesse de sortir de ce vide, il est question d’une jeunesse prise au piège d’une boucle, d’un cercle, d’un espace-temps replié sur lui-même tournant autour d’une idéologie viciée et presque consanguine. Il y a quelque chose de touchant dans les espoirs et les angoisses nos quatre nymphettes qui viennent se jeter dans le spring break avec l’espoir que cette boucle les révélera à elles-mêmes. Est-ce là la réalité d’une jeunesse qui espère que la débauche pourra la sauver de la misère de leur existence ? Cette quête que l’on sait perdue d’avance est d’une naïveté émouvante. En même temps difficile de parler d’émotion avec Spring Breakers parce que le film est superficiel. Pas léger non, superficiel. Pour être précis il est superficiel avec les personnages, parce que la vie est ainsi, parce que leurs vies sont ainsi, on n’entre jamais vraiment dans l’affect, dans le pathos, dans la nature humaine des personnages, on survole ces vies en devenir sans rien savoir d’elles, de leur passé, de leur futur, juste le présent. Alors on ne s’attache pas, sauf peut être aux corps érotique, alors on ne s’affecte pas, on ne redoute rien pas les méfaits de l’histoire. Les choses se passent, se repassent, se rejouent et on comprend que le film ne parle pas vraiment de cela, juste de la merde, de la vacuité ; c’est une grande ode à la vacuité et c’est bon. C’est pop au sens de pop culture ; Spring Breakers est un film sur la culture teen, la culture pop à la sauce teen et peut-être même au pop art à la sauce teen.

 

Justement comment passer sous silence la présence fantomatique, surréaliste et drôle de cette figure apotropaïque de la pop culture américaine de la lolita trash sortie des studios et devenue une icône déchue qu’est Britney Spears est qui traverse le film à deux reprises par le biais de deux reprises justement. La première fois, ce sont nos quatre pouffes des bacs à sable complètement ivres qui reprennent aussi faussement que possible Baby one more time. Mais cette scène n’est rien à côté de celle où James Franco se met au piano - rappelons-nous qu’il incarne un gangsta rappeur - pour se lancer dans une reprise grotesque de Every Time de Britney Spears non sans avoir au préalable demandé aux filles de respecter l’icône de la pop. Histoire que le grotesque de cette scène symbolique et symptomatique de tout Spring Breakers soit parfait, il faut préciser que pendant que le lascar chante Britney Spears, les poupées blondes portent un maillot une pièce taillée dans un vieux James Bond des années 80 et une cagoule rose ornée d’une licorne et qu’elles jouent avec des armes à feu, le tout filmé au ralenti. C’est baroque, c’est absurde, c’est d’un mauvais goût outrancier, c’est touchant, c’est drôle, c’est triste, c’est indéfinissable.

 

Bien sûr, on ne peut pas faire l’impasse de l’érotisme outrancier de ce film. Choisir comme héroïnes quatre nymphettes aux corps sculptés pour faire tourner à plein régime la boîte à fantasmes des mâles et des lesbiennes ce n’est pas anodin. Ce sont là quatre catins à peine sorties de l’adolescence qui vont passer une heure et demie en bikini à exhiber leurs petits culs, donnant lieu à des scène surréaliste, comme ce moment où elles seront au commissariat en bikini. Quand on pense au spring break, quand on regarde les affiches, les trailers, quand on se souvient de Kids ou de Ken Park on suppose que le Spring Breakers va sentir le cul adolescent. Mais non, le film est sexy, torride parfois, mais les filles sont de parfaites allumeuses qui sauront durant tout le film faire monter le désir sans jamais vraiment y succomber. C’est tout le paradoxe de cette scène où l’une de nos héroïnes, ivre et entourée d’Apolon en slip l’arrosant d’alcool se tortille par terre et clamant haut et fort « tu ne l’auras pas ma chatte ! ». C’est peut-être là le portrait d’une jeunesse incapable d’aller au bout d’elle-même, l’impossibilité d’aller au bout de ses fantasmes, de ses espoirs, de ses désirs. C’est la dimension mélancolique du film, ces quatre filles qui rêvent de changer de vie mais qui en sont incapables, quatre filles vidées de valeurs morales mais incapables de surmonter leur déterminisme. Mais pour en revenir à l’érotisme qui traverse le film je crois qu’il tient et repose sur un casting transgressif ; trois idoles du divertissement adolescent formaté par le safe sex et la femme d’Harmony Korine de 15 ans sa cadette. À l’ère du porn qui a elle-même supplanté l’ère du porno chic difficile de choquer avec du sexe, difficile aussi d’exciter avec des corps formatés pour le petit écran. Mais l’érotisme troublant de Spring Breakers relève d’une forme de tabou incestueux dans le fait de faire tourner sa jeune femme - je croyais même pendant le film que Rachel Korine était la fille d’Harmony Korine et non sa femme - et sur le fantasme de la petite fille sage dévergondée. Pas de quoi choquer les foules, pas de quoi dresser les censeurs, juste de quoi réveiller les fantasmes.

 

Si le film peut choquer, s’il peut interpeller, ce n’est pas pour sa nudité, sa crudité ou sa violence, mais par son implacable vacuité ; rien n’a de sens, rien n’a d’importance, rien n’est grave, rien ne se passe, rien ne se passera. Est-ce réellement ça la jeunesse ? Est-ce réellement ça la génération Y ? Il y a dans ce film un constat d’échec presque terrifiant, le constat de l’échec d’une génération à réenchanter le monde de ses propres espoirs ou de ses propres valeurs. Chacune leur tour, à leur manière reproduisant la manière des autres, les filles vont échouer à assumer leurs ambitions et vont se ranger sous l’aile de leur déterminisme à être une fille bien, travailleuse, fidèle, heureuse. Bien sûr il est question d’un mensonge, mais qui ment à qui, les filles mentent à leurs parents ou se mentent-elles à elles même. Le film répond à cela de la plus cynique des manières. Même quand enfin nos putain de Bakélites cèdent au sexe, c’est après avoir eu recours à l’artifice de l’amour, et le « je t’aime » sonne comme sonne le glas d’une génération. Il y a quelques jours je me questionnais sur mon autre blog au sujet de cette nouvelle génération, celle juste après la mienne, je me posais, je crois les mêmes questions que celles auxquelles Spring Breakers répond. C’est peut-être pour cela que j’ai été si agréablement surpris par ce film.

 

Cela serait dommage que terminer cette critique sans mettre Spring Breakers en perspective avec le jeu vidéo, d’autant plus que le film le fait de lui-même. Il incite lui-même à sa violence initiale - le braquage du fast food - en faisant dire aux personnages, dis-toi que c’est comme dans un jeu vidéo - et ensuite dis-toi que c’est comme dans un film mais cette parti du dialogue m’intéresse moins -. Il y a donc deux choses qui peuvent lier Spring Breakers aux jeux vidéo, d’une part, un rapport à la virtualité de la violence et la contagion nihiliste que cela induit dans l’esprit des individus et d’autre part une esthétique très particulière. Je trouve le premier point assez intéressant, certes provocateur mais pas insensé. Le jeu vidéo, les jeux vidéo, tous les jeux vidéo ne sont pas différents de Spring Breakers, ils mettent en scène le nihilisme de l’existence parce qu’ils nous mettent en prise avec des mondes, des portions de monde, des parcelles d’existence au sein desquels rien n’a d’importance, rien n’a d’effet. Et, finalement la violence dans les jeux vidéo, celle qui risque de contaminer le joueur, ce n’est pas celle du passage à l’acte mais celle du nihilisme, celle de ne plus croire en rien. C’est quand un être a perdu tous ses repères, toutes ses valeurs, qu’il devient dangereux comme les héroïnes de Spring Breakers qui n’ont aucunes valeurs deviennent dangereuses.

 

L’autre aspect en lien avec le jeu vidéo dans Spring Breakers c’est l’esthétique, plus précisément l’esthétique d’un jeu comme Saint Row the third. Couleurs acidulées, fluo et bariolées, personnages dans des tenues saugrenues et goûts pour les mises en scène surréalistes. La scène finale commence sur un plan où nos bimbos blondes se tiennent de dos sur un hors-bord. La scène est éclairée avec une lumière noire comme dans les boîtes de nuit, ce qui rend les couleurs fluo, nos sirènes sont en bikini jaune fluo, gros plan sur leur cul, la caméra remonte, elles tiennent des pistolets mitrailleurs Uzi, elles portent leur cagoules rose fluo avec licornes brodée sur le front et elles foncent vers la maison d’un dealer pour mener un raid de jeu vidéo - sous entendu un raide seules contre tous -. Le surréalisme total de cette scène, c’est parfaitement l’esprit de Saint Row The Third.

 

Torride et brulant même dans le ridicule, même dans le pathétique, à sa manière Spring Breakers est une éloge de l'imperfection érotique

Torride et brulant même dans le ridicule, même dans le pathétique, à sa manière Spring Breakers est une éloge de l'imperfection érotique

Voilà, je vous ai dit beaucoup de choses sur Spring Breakers, mais peut-être pas l’essentiel. J’ai adoré ce film. Court, intense, foisonnant d’idées visuelles, montage audacieux et propos frontal et sans espoir sur la nature vide d’une génération à laquelle je n’appartiens pas. D’autres réalisateurs ont pour thème récurrent la culture teen ; Larry Clark et son approche documentaire au plus près de la crasse du réel, Greg Araki et ses visions hallucinées d’une jeunesse déconnectée du réel, Harmony Korine avec Spring Breakers semble se trouver à égale distance de l’un comme de l’autre. Il use d’effets hallucinés pour dresser une parabole documentaire sur la vacuité d’une génération et de ses formes d’expression. Spring Breakers est peut-être pauvre en matière de scénario mais riche en termes de cinéma. Et il ne faudrait pas sous-évaluer la présence de James Franco parce que c’est autour de lui que tourne la seconde partie du film. Les attachés de presse voudraient nous faire croire que son personnage s’inspire de Lil Wayne ou de Dangerous. Mais dans la peau de ce grand rappeur blanc à l’esprit totalement barré et au flow laborieux c’est plutôt au Roi Heenock que Alien me fait penser. Il a cette façon d’égotriper sur sa merde, sur les merdes qu’il détient, cette façon grotesque de se déclarer le roi, mais d’être qu’une minorité au sein d’une minorité. Les actrices ne sont pas mauvaises, elles font ce qu’elles savent faire le mieux, être belles, bonnes et un peu niaises, délurées et prudes et au final totalement perdue et déconnectées du monde. Elles opèrent de cette poésie de la mélancolie qui baigne le film comme tous les filtres colorés baignent le film.

 

Spring Breakers est un très bon film, c’est une véritable œuvre, un film d’auteur ; radical, dérangeant - dans ses formes - et solaire, c'est-à-dire irradié d’une forme de génie, génie qui n’est souvent que l’audace d’être allé au bout de ses ambitions. Et cela amène la seule véritable question que le film m’a posé : quel est son public ? Sa brochette de starlette à l’affiche attirera un public d’adolescent formaté, sa promesse d’un spring breaker déluré attirera les pervers libidineux, mais au final les deux publics seront déçus. D’ailleurs par curiosité, je suis allé voir sur Allociné les critiques des spectateurs. Si on additionne les critiques à zéro étoile et celles qui n’ont qu’une étoile on totalise actuellement 54 % des critiques sur plus de 700 critiques posées. Le film est donc clairement entrain de manquer son public. C’est bien dommage parce que même si ce n’est pas une œuvre majeure - à part dans la filmographie d’Harmony Korine - c’est un grand film, puissant et fascinant qui en dit plus sur l’époque que bien d’autres films plus bavards et plus vus que lui.

 

Spring Breakers ou l’inessentielle vacuité érotique et nihiliste de la génération Y, mais aussi un bon film

Note : Je boucle là une critique généreuse, prolixe et je l’espère lisible malgré les plus de 3300 mots. J’avais beaucoup d’idées dès le départ, mais je doutais de la mise en forme, de la manière dont me viendraient les choses. Au final, je suis pleinement satisfait de cette critique. Au départ j’ai cru que ça aller devenir la chronique de mot chronique tant celui-ci revenait dans mes phrases. Je suis assez satisfait de deux formules ; lumières psychiatriques qui remplace lumières psychédéliques en donnant, je l’espère, cette dimension obsessionnelle presque névrotique du travail de la lumière. Et puis surtout je suis fier de l’oxymore parabole documentaire qui à mon sens synthétise parfaitement l’esprit de ce film qui se joue du réel pour parler du réel. Qui plus est un tel ovni cinématographique me permet de donner dans l’illustration sexy en prétextant la fidélité au film. Je regrette juste de ne pas avoir trouvé de vidéo de James Franco chantant Britney Spears, mais je m’accorde malgré tout un 5/5

Merci - tant aux lecteurs venus à bout de cet article, qu'à Harmony Korine pour son film

Merci - tant aux lecteurs venus à bout de cet article, qu'à Harmony Korine pour son film

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