Le joueur de jeux vidéo est-il mal passionné ?

Publié le 26 Août 2013

Il ne faut pas faire chier le gamer sous peine de le mettre en colère

Il ne faut pas faire chier le gamer sous peine de le mettre en colère

Le joueur de jeux vidéo est un grand baratineur, un adepte de la théorie et un grand amateur d'arguments techniques et technologiques qu'il a vite fait de mettre au service d'une rhétorique de combat. Oui, le joueur est prosélyte, il l’était avant, du temps empirique de la presse papier et des discussions de cours de récréation et il l’est après, c'est-à-dire maintenant, au temps de l’internet qui amplifie tout et des discussions de réseaux. À croire que le prosélytisme est comme intégré à son ADN.  

Depuis que je suis joueur - c’est-à-dire depuis bien assez longtemps pour pouvoir dire depuis un bon bout de temps - j'ai toujours connu ces débats animés où la mauvaise foi avait la part belle sur les jeux vidéo. Il s’agissait de ne pas en démordre pour savoir quelle console était la reine de console, on débattait pour savoir si les jeux vidéo étaient un art,une culture ou un sous-genre ou mieux encore on affûtait nos rhétoriques balbutiantes afin de démontrer à la foule d’interlocuteurs - constituée d’une toute petite poignée d’amis - que telle ou telle technologie allait tuer le jeux vidéo. On a jamais eu la moindre réponse, nos débats étaient sans fins ; débattre sur les jeux vidéo, c’était notre façon de faire du lien social et importait peu d’avoir raison ou tord au fond. Je ne suis là entrain de prétendre que c'était mieux avant ou que cela sera mieux plus tard ;  débattre sur la violence - trop présente - et sur le sexe - pas assez de cul ni de petites culottes - dans les jeux vidéo, s’interroger pour savoir si les jeux vidéo rendent violent ou abruti, c’est bien. C’était bien avant et c’est bien maintenant.

Aujourd’hui, Internet agit sur ces discours et sur ces questions comme une caisse de résonance. Et ce qui avant créait surtout du lien entre les joueurs / passionnés, donne lieu aujourd’hui à une course à la éloquence où les joueurs se disputent la paternité d’expériences et d’arguments qui ressemble surtout à une course à la vacuité. Bref, aujourd’hui on se prend au sérieux. Parce que l’on est capable de soutenir sa rhétorique avec du jargon on la sensation de détenir la science infuse. Mais foncièrement nos joutes n’ont pas changé depuis les cours de récréation et c’est toujours celui qui gueule le plus fort qui finit par avoir raison. Les joueurs ont grandi, vieilli, mûri, ils sont devenus pères, mères, le jeux vidéo à traversé quelques décennies de pop culture, il s’est répandu à travers les différentes strates de la société et pourtant le joueur est resté prosélyte.

Ce sont toujours les mêmes sujets, les mêmes questions, les mêmes thèmes, toujours les mêmes théories que le joueur convoque pour convaincre. Mais convaincre qui ?

Celui qui écoute ou celui qui parle ?

Pourquoi le gamer est-il si promptement apte à élaborer un discours théorique autour de son hobby plutôt que de le partager avec fougue et passion ?

On ne retrouve pas ce prosélytisme chez des passionnés d’autres espèces. Quand on discute avec un passionné, c’est rare qu’il cherche à nous convaincre. La majeure partie des fois où cela arrive ils parlent avec enthousiasme de leur passion, ils sont portés par une fougue, un savoir, un savoir faire, ils sont habités et si leur passion est grande on pourrait les écouter des heures même si on a jamais rien su, lu, entendu sur le sujet. Les passionnés autres que les joueurs de jeux vidéo se foutent d'avoir une rhétorique précise et un argumentaire imparable pour te convaincre. Justement, ils ne cherchent pas à convaincre. Ils partagent leur passion gratuitement.

Alors faut-il en conclure que le gamer se prend trop la tête avec des discours trop théoriques et éloignés de l'expérience ? Le joueur de jeux vidéo est-il mal passionné ? Le joueur doute-t-il de sa passion ? N’est-elle pas assez grande, noble, reconnue pour qu’il cherche sans cesse à lui trouver une légitimité ?

Le joueur de jeux vidéo est-il mal passionné ?

Note : Voilà un article sorti d’un vieux tiroir où il était oublié. Est-ce que je ne le trouvais pas bon ? Pas intéressant ? Pas pertinent ? Je ne sais pas, l’essentiel, c’est que ce soir il me parle et que j’ai envie de le partager avec vous. Et puis c’est con, mais je trouve que l’illustration fonctionne tellement bien qu’à elle seule, elle mérite que je publie cet article qui sous-entend que beaucoup de joueurs et de joueuses sont un peu des âyatollâhs du jeu vidéo. On pourrait presque croire que je fais du troll, mais d’une je déteste ce terme, et de deux ce n’est pas le cas. Je trouve qu’il y a encore beaucoup de joueurs et de joueuses qui sont dans une démarche de justification de leur passion pour les jeux vidéo, ce qu’on ne trouve pas chez les amateurs de BD, les numismates ou les passionnés de marche. Mais bon cela ne mérite pas plus qu’un 2/5 vu que c’est un vieil article réchauffé. 

Rédigé par Mémoire de joueur

Publié dans #Réflexions d'un joueur, #2-5

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Margoth 03/09/2013 13:56

Je vois ce que tu veux dire et c'est vrai qu'il m'arrive de le remarquer, en particulier dans la vie réelle. La situation du jeu vidéo est je trouve assez paradoxale : ils ont toujours mauvaise réputation dans le commun des mortels et pourtant, à côté de ça, les consoles sont devenus des objets usuels de la vie quotidienne (reconnaissons qu'il y a une forte différence entre la place des jeux vidéo aujourd'hui par rapport à l'époque de la SNES par exemple). Et en cela, il n'est pas rare que je vois des gens disant qu'ils jouent de façon régulières aux jeux vidéo et le reconnaissent avec passion avant de s'en aller défendre la légitimité de cette dernière avant même que l'autre ait eu le temps d'ouvrir la bouche pour lui répondre. Comme si être passionné de jeux vidéo était reconnu dans la société actuelle comme quelque chose de néfaste pour l'existence d'un individu. Personnellement, je n'ai pas ce problème. D'un autre côté, j'aime aussi un pendant musical qui n'est pas reconnu dans l'Hexagone comme faisant partie d'une culture. Je pense que cette marginalité a fortement contribué à me décomplexer : je n'ai absolument pas à me justifier et à me défendre sur les domaines qui me passionne à mon sens. Il y a bien eu une époque où j'ai tenté de le faire mais de toute façon, on arrive toujours au bout du compte à un dialogue de sourds où tout le monde reste campé sur ses positions, l'intérêt de la manœuvre est donc tout à fait inutile. C'est pourquoi je préfère largement en parler de l'intérieur plutôt que de l'extérieur, il y a bien plus de fougue et de passion qui en ressort à agir de la sorte. Et si ça dérange, tant pis, ça grincera des dents, que veux-tu, ainsi va la vie ^^